Bain savait qu’il pourrait être jugé comme fou

Bain savait qu'il pourrait être jugé comme fou

Quelques semaines après la fusillade au Métropolis, Richard Henry Bain savait qu’il pourrait être jugé «fou» et aller dans un hôpital psychiatrique plutôt qu’au pénitencier. Une information que sa psychiatre n’a pas cru bon d’inscrire dans son rapport.

«Le plan était de tuer le plus de séparatistes possible: la direction, la nouvelle première ministre, les leaders, leur structure. Je pourrais être jugé fou et aller à Pinel. Le matin du 4 septembre, je me suis levé d’un coup et je savais que je devais aller au Métropolis», a écrit l’accusé à la Dre Marie-Frédérique Allard, quelques semaines après le drame.

Bain subit présentement son procès devant jury pour meurtre prémédité et tentatives de meurtre. Il plaide la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Or, dans son rapport d’évaluation de l’état mental de Bain, la Dre Allard n’a pas tout rapporté. Elle a omis d’inscrire la phrase: «Je pourrais être jugé fou et aller à Pinel», a déploré le procureur de la Couronne lors du contre-interrogatoire serré de la spécialiste.

«Vous ne pensez pas que c’était pertinent de préciser cela’ Vous ne pensez pas qu’il s’agit d’une information hautement importante’» a demandé Me Dennis Galiatsatos.

Contre-interrogatoire serré

Lors d’une rencontre, le 9 novembre 2012, Bain a partagé ses idées avec la Dre Allard, qui devait évaluer son état mental. Lors de l’entretien, l’accusé avait refusé de parler, préférant répondre aux questions par écrit. Il avait noté plusieurs détails de sa soirée du 4 septembre 2012, parlant notamment de l’incendie allumé pour recréer la tragédie du Café Blue Bird (qui avait fait 37 morts en 1972), de l’arme qui s’est enrayée après avoir tiré un coup de feu mortel et du matériel dans sa voiture (munitions, essence, armes).

Tous ces éléments se retrouvent dans le rapport d’évaluation médico-légale de la Dre Allard, qui témoigne à la demande de la défense. La psychiatre a ainsi dû expliquer au jury lundi pourquoi elle n’avait pas aussi inscrit à son rapport les propos de Bain sur le fait qu’il savait qu’il pourrait être jugé «fou».

«Il faut se remettre en con­texte. On n’écrit pas tout ce que les patients nous disent», a-t-elle répondu.

Bien et mal

La Dre Allard a aussi omis de mentionner que Bain aurait confié à une infirmière que ce qu’il avait fait «est mal». La notion de distinction du bien et du mal est majeure dans la défense de non-responsabilité criminelle, a insisté Me Galiatsatos.

La psychiatre a répondu qu’elle «ne changeait pas d’avis», étant persuadée que Bain savait probablement que tuer est mal, mais qu’il ne pouvait pas «l’appliquer».

Le contre-interrogatoire se poursuit mardi.

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