Blessé après avoir acheté un triporteur

Blessé après avoir acheté un triporteur

La famille d’un homme de 91 ans presque aveugle, qui s’est blessé quelques heures après avoir acheté un triporteur, est furieuse et souhaite que les commerces aient l’obligation de s’assurer que le client est apte à utiliser leur produit.

Maxime Lalonde, le petit-fils de Roger Frigon, dénonce l’absence d’une loi qui empêcherait les aînés de se faire flouer dans les magasins.

En juillet, Roger Frigon a acheté un triporteur, même si sa famille le lui avait interdit, un rêve qu’il chérissait depuis qu’il avait perdu son permis de conduire pour des problèmes de vision il y a neuf ans.

«C’est un véhicule, il se déplace avec. Il peut se tuer ou blesser quelqu’un. On n’aurait jamais dû vendre ça à un homme qui ne voit rien devant lui», a déploré M. Lalonde.

M. Frigon a lui-même contacté un commerce par téléphone. Le vendeur lui aurait conseillé d’acheter un triporteur à deux places, et ce, même si M. Frigon est veuf et se déplace toujours seul. «Il voulait son scooter! Il avait sa carte de crédit et il a dit oui à ce qu’on lui proposait», a affirmé Maxime Lalonde.

Celui-ci souhaiterait qu’une nouvelle loi oblige les commerçants à s’assurer que les clients ont les capacités physiques et intellectuelles pour utiliser leurs produits.

«Ils ont souvent de l’argent, ils sont parfois confus et vulnérables. Il y a un flou juridique, car, oui, je m’occupe de mon grand-père, mais je ne suis pas son tuteur», a-t-il dit.

L’Office de la protection du consommateur a toutefois expliqué qu’aucune disposition légale ne force actuellement le vendeur à faire ce type de vérification. «On peut vendre n’importe quoi à un aîné», a confirmé le porte-parole, Charles Tanguay.

Dans un muret

Quelques heures à peine après avoir pris possession de son véhicule, Roger Frigon a foncé dans un muret avec le triporteur qui lui avait coûté près de 2000 $. «C’était la première fois que je l’essayais et je n’ai même pas fait trois pieds, ça va bien trop vite, ces affaires-là», a lancé l’homme de 91 ans.

Le nonagénaire s’est blessé au cou et a eu de la difficulté à marcher pendant plusieurs jours.

L’entreprise a proposé de reprendre le triporteur, mais la famille doit assumer les frais d’inspection des dommages, de livraison de l’appareil et la facture des bris, qui frôle les 1000 $.

Si Roger Frigon avait été sous tutelle, il aurait pu faire annuler la transaction plutôt que de devoir aller se défendre seul aux petites créances.

La famille de M. Frigon a contacté un avocat. Leur seul recours serait d’aller devant la Cour des petites créances, où Roger Frigon devrait se représenter seul. «Il est confus dans une simple conversation. Il ne pourrait pas se défendre devant un juge et ça lui causerait beaucoup trop de stress», a déploré son petit-fils, Maxime Lalonde.

Selon la notaire Élisabeth Brière, spécialiste en droit successoral, cette situation montre l’importance de sélectionner un mandataire avant que les aînés ne soient rendus trop vulnérables.

«Le mandat n’est pas juste une affaire de valeur du patrimoine, c’est exactement ce genre de situation là qu’on cherche à éviter», a-t-elle affirmé.

La tutelle (pour les gens partiellement inaptes) et la curatelle (pour les gens totalement inaptes) sont faciles, mais longues à obtenir. Les familles doivent demander un rapport médical, puis obtenir un jugement de la cour.

Orgueil

«On peut parler de morale et d’éthique. Est-ce que les gens sur place ont abusé de la personne en lui vendant plus que ce qu’elle voulait’ Peut-être, mais ce n’est pas illégal», a ajouté la notaire.

Maxime Lalonde dit avoir parlé de mandat d’inaptitude à son grand-père, mais l’homme de 91 ans ne veut rien entendre­­.

«Il est blessé dans son orgueil, c’est quelqu’un de fier. Mais le problème, c’est qu’il s’achète des choses sans compter», a-t-il dit.

Roger Frigon s’est récemment procuré une armoire, sans en connaître le prix. «J’ai trouvé la facture et ça lui avait coûté 1000 $», s’est exclamé son petit-fils.

Me Brière a expliqué qu’un mandat d’inaptitude ne doit jamais être réglé à l’insu de l’aîné, mais elle admet que les familles doivent savoir se montrer parfois insistantes.

Étiquettes : , , , ,

Laisser un commentaire