Clinton s’excuse d’avoir utilisé une messagerie privée

Clinton s'excuse d'avoir utilisé une messagerie privée

WASHINGTON –  Hillary Clinton s’est excusée publiquement mardi soir d’avoir utilisé une boîte de messagerie privée pour l’ensemble de ses courriels officiels lorsqu’elle était secrétaire d’État, pour la première fois dans cette affaire qui mine depuis des mois sa campagne pour la présidentielle américaine.

«C’était une erreur. Je suis désolée, j’en prends la responsabilité», a-t-elle déclaré dans une interview diffusée mardi soir sur la chaîne ABC.

«Quand je regarde ça aujourd’hui, même si ce que j’ai fait était autorisé, j’aurais dû utiliser deux comptes, un pour mes emails personnels, un pour les messages de travail», a-t-elle ajouté. Elle avait jusqu’à présent simplement expliqué que cela était «plus pratique» pour elle.

Alors que médias et adversaires s’en donnaient à coeur joie sur cette histoire, estimant que la chef de la diplomatie américaine avait pris de gros risques en n’utilisant pas le serveur officiel pour des messages dont certains pouvaient être confidentiels, Mme Clinton avait jusqu’à la semaine dernière refusé d’entrer dans la controverse, dénonçant un scandale inventé de toute pièce par ses adversaires.

Mais face aux journalistes qui depuis des semaines refusent d’entendre ses propositions détaillées sur l’économie, l’Amérique rurale ou le changement climatique et ne l’interrogent que sur cette histoire de serveur privé, et surtout face à l’érosion constante de sa cote de popularité, descendue à 41 % la semaine dernière, son score le plus bas depuis 1992, elle avait finalement changé d’avis.

Vendredi, elle avait pour la première fois accepté de parler de cette affaire, et reconnu lors d’une interview télévisée qu’elle ne reprendrait plus la même décision aujourd’hui, se disant «désolée» de la confusion créée chez les Américains.

Mais elle n’avait pas présenté ses excuses directes sur le fond de l’affaire, ce qu’elle a enfin fait mardi soir.

Mme Clinton s’est servie exclusivement d’un système de messagerie privé, installé par ses propres soins, lorsque elle était secrétaire d’État, entre 2009 et 2013.

Elle a toujours affirmé que pendant cette période, elle n’avait «reçu ou envoyé aucune information qui était à l’époque classifiée» – les communications classifiées étant échangées sur un réseau gouvernemental dédié -, et que tous ses interlocuteurs, «y compris la Maison-Blanche», savaient qu’elle utilisait un compte personnel.

Transparence

Elle avait remis l’an dernier au département d’État plus de 30 000 de ces messages, et celui-ci, dans un but de «transparence», en a rendu publics plusieurs milliers, au compte-goutte, contribuant à entretenir l’affaire.

Sur les quelque 4000 publiés, environ 150 ont été, après enquête du FBI et du département d’Etat, rétroactivement classifiés en raison de contenus sensibles pour la sécurité nationale.

Le FBI continue d’examiner le serveur, que Mme Clinton a fini par remettre après avoir refusé pendant des mois, afin de déterminer si l’arrangement a nui à la sécurité d’informations gouvernementales confidentielles ou secrètes. Trois commissions au Congrès, contrôlées par les républicains, mènent des enquêtes agressives et appellent les collaborateurs d’Hillary Clinton à s’expliquer.

Selon un haut responsable du renseignement, s’il s’avère que des informations sensibles ont été envoyées via ce serveur non sécurisé, des collaborateurs du département d’Etat pourraient être inculpés. «La question à un million de dollars est de savoir si Clinton elle-même peut être poursuivie pénalement», dit Nathan Sales, professeur de droit à l’Université de Syracuse.

Problèmes

Mais pour les analystes politiques, les problèmes de Mme Clinton «ne sont pas seulement juridiques. Les gens la perçoivent de plus en plus comme quelqu’un indigne de confiance», juge Merle Black, professeur de sciences politiques à l’Université Emory.

Les électeurs démocrates lui accordent toujours largement leurs faveurs, mais Hillary Clinton a beaucoup perdu chez les indépendants, l’électorat du centre qui sera indispensable à une victoire en novembre 2016.

Quant aux républicains, ils s’en donnent à coeur joie à dénoncer un comportement condamnable sinon pénalement, au moins moralement, et insinuent que les Clinton se sont toujours cru au-dessus des lois, en rappelant les vieilles affaires qui collent à la peau du couple: Whitewater, Monica Lewinsky, Benghazi…

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