Elizabeth Plank, La femme 2.0 c’est un idéal qui me fait peur

Elizabeth Plank, La femme 2.0 c'est un idéal qui me fait peur

Âgée que de seulement 27 ans, Elizabeth Plank, rédactrice principale chez Mic.com, semble avoir le monde à sa portée. Établie depuis quelques années à New York, cette montréalaise d’origine, qui milite au nom du féminisme, souhaite faire tomber de nombreux tabous, et ce, un stéréotype à la fois.

De passage à Montréal dans le cadre d’une conférence organisée par CREW M, le journaldemontreal.com a eu l’occasion de s’entretenir seul à seul avec celle que le magazine Forbes considère comme l’une des personnalités de moins de 30 ans les plus prometteuses du monde des médias.

1. Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées à tes débuts professionnels’

«Quand je suis arrivée aux États-Unis, j’ai vraiment pris conscience du privilège que j’ai d’être une jeune femme blanche qui vient d’un milieu où je n’ai pas à me demander la provenance de mon prochain repas. Mais j’ai travaillé vraiment fort! Vraiment fort! J’ai déménagé à New York et je ne connaissais personne. En fait j’en connaissais deux. Je n’avais pas de visa pour travailler et je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire. Tout ce que j’avais c’était la drive.»

2. Y a’t-il un élément déclencheur qui a permis à ta carrière de prendre son envol’

«Je te dirais avant New York. J’ai fait ma maitrise à Londres avant New York. C’est à ce moment là que j’ai commencé à faire de la boxe. Mais j’étais vraiment pas bonne! Mon coach était Irlandais et je ne comprenais rien de ce qu’il me disait! C’était l’année des olympiques à Londres, en 2012. C’était la première fois qu’il allait y avoir une discipline de boxe féminine. L’association internationale de boxe a décidé que les femmes athlètes devaient porter une jupe pour les démarquer des hommes et qu’elles soient plus «élégantes». Ça m’a vraiment fâché. J’ai écrit un tweet et change.org a vu mon tweet et m’a demandé si je voulais partir une pétition. Et j’ai dit oui. La pétition est devenue virale, surtout au Royaume-Uni. BBC, The Independant, tout le monde voulait me parler. Finalement, la décision a été changée et les boxeuses ont pu mettre ce qu’elles voulaient. C’est la première fois que j’ai été publiée dans le Huffington Post. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à écrire et m’impliquer dans les médias.»

3. Pourquoi as-tu fait du féminisme ton cheval de bataille’

«Parce que je suis une femme, donc, par défaut, je me sens très concernée. Mes parents, surtout ma mère en fait, m’ont demandé à plusieurs reprises pourquoi je ne voulais pas être féministe. Ça m’a permis de me rendre compte qu’il n’y avait aucune bonne raison à ne pas l’être. Ça n’a même pas été un choix en fait. J’ai l’impression que le féminisme m’a choisi.»

4. Comment décrirais-tu la femme 2.0′

«La femme 2.0 c’est une femme qui doit tout faire. C’est un idéal extraordinaire, qui n’est pas entièrement possible ou réaliste. La femme 2.0 c’est une femme qui travaille. Une femme de carrière, qui est allée à l’école et qui met sa carrière avant tout. Mais c’est aussi une mère de famille, une super bonne blonde. Une superwoman! Elle est là pour ses enfants, son mari, son boss, elle va au yoga et au pilates. C’est un mannequin qui ne dort pas. Pour moi, c’est un idéal qui me fait peur. En ce moment, dans la structure actuelle, surtout aux États-Unis, parce qu’au Québec on a des congés de maternité, ce n’est pas possible de tout faire ça. Je crois que la femme 2.0 doit recevoir beaucoup d’aide de son mari. En fait, ce que je veux voir, c’est l’homme 2.0. Quand on va avoir l’homme 2.0, on va pouvoir avoir la femme 2.0.»

5. La place de la femme dans les médias est-elle accordée différemment au Canada qu’aux États-Unis

En fait, aux États-Unis, le plus gros problème c’est qu’il y a tellement d’emphase sur le divertissement et l’image. C’est un monde très difficile à percer si tu es une femme qui ne fit pas dans le moule ou qui a plus que 30 ans. Moi je dois passer 45 minutes à une heure à me faire coiffer et maquiller pour avoir l’air «présentable», alors qu’un homme peut s’éviter tout ça. Un moment donné, à MSNBC, j’ai mis des bas avec des sandales, en fait c’était des collants avec des sandales, et j’ai reçu plus de tweets par rapport à ça que sur mes propos. L’emphase sur l’apparence affecte définitivement plus les femmes. J’ai l’impression qu’au Québec on est un peu plus au-dessus de ça.»

6. La femme est-elle traitée sur le même pied d’estale que l’homme’

«Je crois que c’est au niveau de la politique à l’intérieur des grands réseaux où on met une emphase sur l' »expert ». De quoi a l’air un expert’ Souvent, c’est un homme blanc. Quand on regarde des histoires en lien avec le droit de femmes et sur l’avortement, on constate qu’il y a un plus grand nombre d’experts hommes qui viennent parler sur ces sujets-là. Que ce soit la politique ou l’environnement, ça devrait être les hommes et les femmes, car ça concerne tout le monde. Mais quand c’est un sujet précis, comme l’avortement… Ce serait bizarre qu’une femme vienne parler sur le cancer de la prostate, par exemple.»

7. Crois-tu que la place de la femme dans les médias tend à s’améliorer’

«Oui, clairement. Les salles de nouvelles sont encore largement masculines, mais pour moi, le plus grand changement s’est fait au niveau des médias sociaux. La plupart des usagers des médias sociaux (Facebook, Twitter, Instagram) ce sont des femmes. Il y a une démocratisation des médias et cela a donné une place aux femmes et aux minorités visibles. Ça nous a permis d’avancer rapidement sur plusieurs questions, dont le mariage gai. Moi je suis une voix qu’on a trouvée à travers des médias sociaux.»

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