Enseigner l’histoire ça presse!

Enseigner l'histoire ça presse!

Récemment, Radio-Canada diffusait un sondage qu’elle avait commandé à l’Institut Angus Reid sur les sentiments de la population canadienne envers leur pays. Il fallait entendre la chroniqueuse Chantal Hébert, à l’émission Gravel le matin, à la radio de Radio-Canada, roucouler de satisfaction en dévoilant et commentant les résultats du sondage. On comprenait, à son ton joyeux, que les Canadiens, dont une majorité de Québécois, semble-t-il, n’avaient que de bons mots pour ce pays. On serait cependant en droit de savoir où ont été recrutés ces 781 Québécois (sur les 3904 répondants) qui ont répondu aux questions des sondeurs. Dans le grand Montréal, fief des libéraux et des multiculturalistes’ Ou un peu partout à travers le Québec’

On se serait attendu à ce que des sociologues, des politologues et des historiens viennent expliquer pourquoi les Québécois semblent aujourd’hui moins intéressés à revendiquer un pays pour le Québec et pourquoi, selon le sondage, ils sont majoritaires à se dire «attachés ou profondément attachés au Canada dans la mesure où on y retrouve un bon niveau de vie». Cela, selon moi qui ne possède aucun titre de «logue» après mon nom, a son explication, une explication qui saute aux yeux à qui observe depuis longtemps la scène politique et médiatique québécoise.

Depuis des années, la télévision et la radio de Radio-Canada martèlent les mêmes nouvelles à propos du déclin du désir indépendantiste, prédisent la mort du Parti québécois et ridiculisent tout ceux qui revendiquent ne serait-ce qu’une velléité d’un embryon d’une pensée où il est question d’un parti pris en faveur du Québec souverain, d’une plus grande fermeté dans la défense du français ou simplement dans la promotion des valeurs québécoises, en embauchant, pour faire la job, des chroniqueurs et des humoristes qui semblent littéralement en service commandé. Il doit exister, en effet, un fort sentiment d’autocensure lorsqu’on est embauché par Radio-Canada, une entreprise vouée à la défense du fédéralisme canadien.

Désormais, des chroniqueurs qui, hier, s’affichaient ouvertement souverainistes, prennent maintenant toutes sortes de précautions et de détours pour commenter l’actualité, en y allant des «oui mais…» ou du traditionnel «vous savez, j’ai pris mes distances du Parti québécois» comme s’il s’agissait d’un animal galeux, ou encore «je ne suis plus membre de ce parti», etc. Même une ancienne ministre de premier plan comme Louise Beaudoin joue à ce jeu malheureux, comme s’il fallait effacer toute trace honteuse de sa militance passée. On s’ennuie de Joseph Facal qu’heureusement on peut lire dans Le Journal de Montréal toutes les semaines.

Qui se souvient de Normand Lester, journaliste célèbre à Radio-Canada, qui a été remercié de ses services après avoir publié Le livre noir du Canada anglais’ On ne mord pas la main du maître impunément, lui a-t-on fait comprendre. À l’approche du cent cinquantième anniversaire du Canada, que le gouvernement Trudeau s’apprête à célébrer avec faste (le mot est faible), on doit s’attendre, de la part des collaborateurs à Radio-Canada, à la multiplication des comportements coupables et repentants.

Plutôt que de profiter de cette occasion pour admettre les crimes passés, les erreurs et les injustices actuelles, on va tout faire pour dénigrer le Québec, le réduire à une province comme les autres, et cacher sous le tapis le côté sombre de ce Canada, ses crimes contre les populations amérindiennes, les Métis, les Québécois, les Juifs et les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale. L’ouvrage de Normand Lester est une mine d’or d’informations à ce sujet.

Alors que la ministre de Patrimoine vantait récemment les mérites de John A. Macdonald, un des pères de la Confédération, il faut savoir que ce fondateur du Canada est un fieffé menteur, un être fourbe et veule qui a non seulement fait pendre Louis Riel mais a assassiné la nation métisse avec la complicité de Wilfrid Laurier, celui-là même qui «par la suite entérinera l’abolition du français dans l’Ouest lorsqu’il sera premier ministre», tout en s’enrichissant avec le chemin de fer.

Si on enseignait l’histoire dans les écoles et collèges, il est évident que cette majorité de jeunes qui se disent indifférents aux revendications souverainistes changerait radicalement d’opinion. Il est à souhaiter que l’éditeur du Livre noir du Canada anglais, qui compte trois tomes maintenant épuisés, remette sur le marché une nouvelle version à l’approche du 150e anniversaire. Ça presse.

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