Entassés comme dans un abattoir pour les vaches

Entassés comme dans un abattoir pour les vaches

Un patient de 70 ans déplore avoir été hospitalisé dans une salle de Charles-LeMoyne, qu’il compare à un «abattoir pour les vaches», durant plusieurs jours.

«C’est comme si on entrait dans une ferme, compare Réginald Bowes. On est tassés comme des animaux les uns à côté des autres.»

«Ils m’ont shippé dans une section d’abattoir pour les vaches», ajoute-t-il.

Âgé de 70 ans, l’homme a subi une opération, le 24 avril dernier, à l’hôpital de Longueuil, pour des vaisseaux sanguins bloqués.

Le retraité d’Air Canada a obtenu son congé après trois jours, mais il a dû être réhospitalisé, le 4 mai dernier, parce que sa plaie coulait.

Or, l’homme qui avait demandé une chambre privée a plutôt été envoyé dans une unité de débordement.

«C’est une salle avec au moins 16 autres patients! dénonce-t-il. On est du bétail, c’est ce que c’est. Il y en a un qui ronfle, l’autre qui pète. Ce n’est vraiment pas un cadeau. On est supposés être ici pour se reposer.»

En fait, la direction de Charles-LeMoyne explique avoir recours à deux unités de débordement (de 12 et 18 lits) depuis des années pour compenser le manque de chambres sur les unités d’hospitalisation.

Situées au rez-de-chaussée de l’hôpital, ces unités sont en fait de grandes salles ouvertes, et de simples rideaux séparent les lits.

Les patients n’ont pas accès à une toilette à proximité, et disposent d’une clochette sur une table d’appoint en cas de besoin.

Opéré à une jambe, M. Bowes devait prendre une chaise roulante pour aller à la salle de bain, à l’autre bout du corridor.

«C’était loin. Je pouvais demander qu’on m’emmène, mais des fois ça prenait du temps», dit l’homme.

«C’était tellement tassé. C’était juste si l’infirmière était capable de passer entre deux patients pour donner des soins. Et l’odeur…», se rappelle-t-il.

Le 8 mai dernier, M. Bowes a finalement été transféré dans une chambre semi-privée, après quatre jours passés dans l’unité de débordement.

«J’ai été chanceux! Il y en a qui restent là plus longtemps», a constaté le patient.

Par ailleurs, l’homme déplore être hospitalisé uniquement parce que le CLSC n’a pas les ressources pour lui faire deux pansements par jour.

«Ma plaie coule trop, j’ai besoin d’un soin le matin, et un le soir. Mais, vu qu’on ne peut pas me le donner chez moi, je suis obligé d’être hospitalisé, dénonce-t-il. Je prends le lit de quelqu’un pendant ce temps-là.»

Pour la suite, l’homme ne sait pas quand il obtiendra son congé.

«J’ai chialé parce que plusieurs sont trop malades, et n’ont pas l’énergie. Mais, ça n’a pas de bon sens.»

Pas une solution optimale au manque de lits, dit l’institution

Les lits de débordements ne sont pas une solution idéale, reconnaît la direction de l’hôpital, qui attend l’ouverture éventuelle de 27 lits additionnels.

«On est très conscients que ce n’est pas une solution optimale», avoue Chantal Boucher, directrice des soins infirmiers pour le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Centre.

«Ça démontre le besoin de lits additionnels pour la population», ajoute-t-elle.

Les deux unités, totalisant 30 lits de débordement, existent depuis le début des années 2000, selon la direction de Charles-LeMoyne.

En fait, elles sont utilisées pour accueillir les patients hospitalisés en attente d’une chambre à l’étage. En moyenne, les malades y passent moins de deux jours, dit-on.

Aussi, les gens à risque de transmettre des infections (diarrhée, gastro, grippe, etc.) sont priorisés sur les unités.

«Ce sont des patients qui attendent une chambre. Au lieu de les laisser à l’urgence sur une civière, ils sont déplacés à l’unité de débordement.»

«Ce n’est pas optimal, mais c’est mieux qu’être sur une civière dans un corridor où le niveau d’activité est présent jour, soir, nuit», dit Mme Boucher.

Depuis quelques années, ces unités sont utilisées presque toute l’année. En fait, elles sont généralement fermées de juillet à octobre, lorsque la baisse d’achalandage le permet.

Cette situation démontre le besoin flagrant de lits additionnels sur les étages, reconnaît la direction.

D’ailleurs, on souligne qu’un projet de construction d’une nouvelle unité de 27 lits est prévu, mais on ne peut donner d’échéancier.

D’ici là, l’hôpital cherche même une solution transitoire pour que les patients aient accès à des salles de bain. Présentement, trois toilettes desservent 30 patients.

Et, malgré tout, Mme Boucher assure que ces patients reçoivent les mêmes soins que sur les étages.

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