Étude, au moins 30 % des aliments sont falsifiés

Étude, au moins 30 % des aliments sont falsifiés

Au moins 30 % des produits agroalimentaires mis en marché ne contiennent pas ce qu’en décrit l’étiquette, selon une analyse menée par l’Institut de la biodiversité de l’Université de Guelph, en Ontario.

Dans un marché de détail agroalimentaire canadien estimé à 200 milliards $ par année et à 70 milliards $ pour le seul secteur de la restauration, ces fraudes s’élèvent à des milliards de dollars, estime le professeur Sylvain Charlebois, directeur adjoint au Département des sciences alimentaires de l’Université de Guelph.

«C’est un très gros problème dont personne ne veut parler. Peu d’entreprises veulent dénoncer la contrefaçon, car elles sont aux prises avec un processus de validation archi compliqué et une pression constante pour faire baisser les prix», ajoute le professeur Charlebois.

Une fraude systémique

C’est après avoir travaillé avec l’État de New York sur la fraude dans la vente des herbes médicinales que les chercheurs de l’Université de Guelph se sont intéressés à l’ampleur de la contrefaçon dans l’étiquetage alimentaire.

Ce qu’ils ont découvert les a stupéfaits: le taux de substitution dans les produits carnés s’élèverait à 57 % aux États-Unis. Des résultats similaires dans certaines parties de l’Europe ont été trouvés dans une étude portant sur les saucisses. En Grande-Bretagne, les deux tiers des pizzas à emporter jambon et fromage ne contiendraient ni jambon ni fromage.

Au Canada, des études récentes ont découvert que 25 % à 70 % de tous les produits de la mer sont mal étiquetés, voire contrefaits, quelque part le long de la chaîne d’approvisionnement.

Le gouvernement de l’Italie a évalué que les Canadiens achètent pour 3,6 milliards $ en faux produits alimentaires italiens chaque année.

Divers produits dits locaux sont aussi frauduleusement identifiés du terroir.

Le consommateur-inspecteur

L’universitaire doute que l’augmentation des inspections par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) ait un effet dissuasif efficace et puisse valider l’authenticité des contenus des aliments ainsi que de leurs systèmes modernes de traçabilité.

«Une surveillance supplémentaire entraînerait probablement plus de bureaucratie et une pression à la hausse sur les prix des denrées alimentaires, sans nécessairement enrayer le phénomène des fraudes», s’inquiète-t-il.

Sylvain Charlebois propose plutôt le développement de technologies internet qui permettraient aux consommateurs de reconnaître l’origine de chaque aliment et des ingrédients qu’ils achètent. Ces consommateurs-inspecteurs pourraient dénoncer les contrefaçons sur des plateformes publiques.

Une université allemande aurait développé une application en ce sens, mais elle est actuellement trop dispendieuse pour être commercialisée à grande échelle.

«Ça aurait l’avantage de discipliner le commerce des produits agroalimentaires, quoique cela ralentirait l’efficacité de la distribution», ajoute Sylvain Charlebois.

Entre-temps, l’Institut de la biodiversité de l’Université de Guelph vient de signer une entente avec l’ACIA pour poursuivre ses études par des analyses aléatoires de diverses denrées agroalimentaires.

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