Grande femmes recensement oublié

Grande femmes recensement oublié

Compter les sans-abri fournira une image incomplète du phénomène, mais les femmes sans-abri seront les grands perdants de cette opération.

Le dénombrement des itinérants permettra de dresser un portrait partiel du phénomène, mais les femmes sans domicile fixe seront les grandes oubliées de cette opération, estiment des organismes communautaires.

«Les femmes vont tout faire pour ne pas se retrouver dans la rue, pour des raisons de sécurité, estime la directrice générale de La rue des femmes, Léonie Couture. Elles peuvent dormir chez un ami de passage, obtenir un toit provisoire en échange de faveurs sexuelles, ou endurer de la violence.»

C’est pour cette raison que l’opération Je compte Mtl 2015, amorcée mardi soir, permettra surtout d’avoir des statistiques sur les hommes sans domicile fixe, ajoute Mme Couture, qui croit malgré tout qu’il s’agit d’une belle initiative.

Sans logement depuis 5 ans

L’exercice de dénombrement, une première en 20 ans dans la métropole, se poursuivait hier et aujourd’hui, pendant la journée, justement pour rejoindre les clientèles «cachées» dans les centres de jour et autres ressources.

«Mais toutes les femmes ne seront pas dans notre centre de jour pendant ces deux journées», soutient Léonie Couture.

Joanne, 56 ans, n’a pas de logement depuis cinq ans. Elle a perdu son emploi en 2007, à cause de ses problèmes d’alcool, et cumule les expulsions et les refus depuis. Elle raconte avoir vécu avec deux hommes qui la battaient. En attendant, elle dort chez son fils. Pour elle, pas question de fréquenter les refuges.

«C’est plein de punaises et de coquerelles dans ces places-là, moi je ne vais pas là. J’essaie de me trouver un logement, mais tout est trop cher», confie-t-elle au Journal, assise sur un banc près de la place Émilie-Gamelin.

Ressources insuffisantes

Et les refuges doivent souvent refuser des femmes, parce qu’ils débordent. La rue des femmes est d’ailleurs en train de préparer l’ouverture d’une troisième maison pour subvenir à leurs besoins.

Depuis 2008, le nombre de femmes qui demandent une place en hébergement d’urgence a augmenté de près de 50 %, illustre Léonie Couture.

«Ça m’est arrivé quelques fois de coucher dehors, quand il ne fait pas trop froid, raconte Joanne. Mais tu te fais tout le temps voler tes affaires!»

Les femmes itinérantes sont très discrètes, elles sont invisibles pour des raisons de sécurité, ajoute Bernard Saint-Jacques, organisateur communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

«C’est sûr qu’on va en échapper beaucoup avec le dénombrement. Alors on se demande si les données vont être vraiment utiles, à la fin», indique-t-il.

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