HYDRO-QUÉBEC, Un aveugle de 72 ans débranché

HYDRO-QUÉBEC, Un aveugle de 72 ans débranché

Depuis une semaine, Jean-Pierre Pasquier utilise un petit réchaud au propane pour manger. Et son voisin a fait passer par-dessus la clôture un fil de 100 pieds pour lui permettre de brancher son frigo.

Quand l’homme de 72 ans est revenu de ses courses, vendredi de la semaine passée, son bungalow de Longueuil n’avait plus de courant. Et c’est comme ça depuis une semaine.

Le charcutier à la retraite est l’un des quelque 50 000 Québécois qu’Hydro-Québec recommence à débrancher chaque année à partir du 1er avril. L’entreprise d’État n’a pas le droit de couper le courant des mauvais payeurs pendant l’hiver.

M. Pasquier, qui a perdu la vue il y a une trentaine d’années à cause d’une maladie, doit 10 445 $ à la société d’État.

«Je fais du camping chez moi à cause d’Hydro», peste le Français installé au Québec depuis 1974.

Les deux chambreurs qu’il héberge donnent un coup de pouce à l’aveugle dans ses démarches avec Hydro.

«Ça n’a pas d’allure, ce qui lui arrive. J’espère que ça va se régler vite», dit son voisin Gérard L’Espérance, qui lui fournit le courant pour son frigo.

«Comme quoi il y a des bienfaiteurs dans la vie, pas juste des requins», dit M. Pasquier.

Hydro-Québec lui réclame pas moins de 10 445 $ pour l’électricité fournie à son quadruplex avant qu’il ne le vende en 2014.

«Il n’est pas question que je paie quoi que ce soit à cette entreprise multimilliardaire», peste-t-il.

Le quadruplex devait être son fonds de pension. C’est plutôt devenu un énorme trou dans son budget.

M. Pasquier a appris en février dernier qu’il devait l’argent à l’entreprise d’État pour des factures d’électricité qu’il conteste depuis cinq ans.

«C’étaient les compteurs de mes locataires, je n’ai rien à voir là-dedans», estime-t-il.

Ce n’est pas l’avis d’Hydro-Québec. «Le plus gros des factures provient d’aires communes du quadruplex, qui étaient à sa charge», assure la porte-parole de la société d’État Nathalie Vachon.

Pour le reste, il s’agirait de montants à payer entre deux locataires, les logements ayant souvent été laissés vacants au fil des ans.

Quand un locataire interrompt le service, Hydro a le choix de couper le courant ou de mettre le compte au nom du proprio, le temps qu’il se trouve un nouveau locataire. Or, étant donné que M. Pasquier n’a jamais donné suite aux avis d’Hydro, l’entreprise d’État a laissé le courant et mis les comptes à son nom, comme la loi le lui permet.

«C’est un désastre de pagaille de paperasserie», estime quand même M. Pasquier.

De son propre aveu, Jean-Pierre Pasquier est victime de sa bonté excessive.

Plusieurs locataires avaient beau cesser de payer leur loyer et leur compte d’électricité, il les prenait régulièrement en pitié en les gardant pendant plusieurs mois, le temps qu’ils trouvent d’autres pigeons à plumer.

Au fil des ans, il a aussi payé le prix fort pour aider ses ex-conjointes, déboursant pour couvrir des travaux de rénovation coûteux dans leurs maisons.

«À un moment, j’avais 28 logements. Et là, il me reste mon bungalow. Mes femmes m’ont coûté cher», soupire-t-il.

Il s’inquiète aussi de ses deux chambreurs, qui ne voudront probablement pas payer 500 $ par mois pour une résidence sans courant.

Il n’a donc pas les moyens de faire un chèque de près de 11 000 $ pour ravoir le courant.

Si Hydro-Québec ne veut rien entendre, il compte louer sa maison et y louer une chambre. Il espère ainsi qu’en changeant le nom du client du compte d’électricité, il retrouvera le courant.

Débranchements par année
2015 55 459
2014 57 874
2013 35 235
2012 39 560
2011 46 430

Les grands froids des deux derniers hivers, et donc les comptes d’électricité plus élevés, expliqueraient la hausse de mauvais payeurs.

Source: Hydro-Québec

Étiquettes : , ,

Laisser un commentaire