Il meurt en héros et en tyran

Il meurt en héros et en tyran

Considéré comme un héros par certains et un tyran par d’autres, c’est sans surprise que la mort de Fidel Castro a déchaîné les passions aux quatre coins du monde.

«Fidel n’est pas mort, car le peuple est Fidel», ont clamé des étudiants en deuil de l’Université de La Havane, tandis que des expatriés du pays en Floride chantaient «Cuba Libre!» dans les rues.

À l’âge de 90 ans, le père de la révolution cubaine est décédé vendredi, a annoncé à la télévision son frère Raúl Castro, la voix tremblante, sans révéler la cause du décès.

Son corps a été incinéré, samedi, selon les dernières volontés du Lider Maximo.

Les funérailles de Fidel Castro seront célébrées le 4 décembre à Santiago de Cuba, après neuf jours de deuil national. Puis, ses cendres seront répandues lors d’une procession de 900 km sur l’île.

Malade depuis plusieurs années, Fidel Castro, qui aurait survécu à plus de 600 tentatives d’assassinat, avait laissé ses dernières responsabilités à son frère en 2011.

Sa mort survient notamment deux ans après l’annonce historique du rapprochement entre Cuba et les États-Unis entamé par le président Barack Obama.

Tenir tête

Pendant près d’un demi-siècle, Castro a tenu tête à la superpuissance américaine et à 11 de ses présidents, qui ont en retour impo­sé un embargo commercial encore en vigueur aujourd’hui.

Avec sa révolution, celui qui était surnommé el Comandante, a nationalisé toutes les entreprises américaines présentes sur l’île en 1960. Son gouvernement communiste promettait de rendre les terres et les richesses au peuple, mais des voix ont dénon­cé son autoritarisme et ses violentes répressions.

Les Américains ont même tenté sans succès de le déloger en 1961, avec le débarquement d’exilés cubains entraînés par la CIA dans la baie des Cochons.

L’année suivante, le monde entier a gardé les yeux rivés sur l’île des Caraïbes, alors que Fidel Castro tenait les États-Unis et l’Union soviétique au bord d’une guerre nucléaire. Cuba, alors un allié de l’URSS, gardait des missiles nucléaires pointés vers les États-Unis, qui ont dû promettre de ne pas envahir le pays.

Hommages divisés

Comme il l’a fait tout au long de son règne, Fidel Castro s’est autant attiré les éloges que les critiques dans la mort.

De nombreux politiciens ont poliment souligné qu’il était une figure marquante du 20e siècle. Le premier ministre Justin Trudeau a fait part d’une «profonde tristesse», alors que chez nos voisins du sud, Donald Trump se réjouissait de la mort d’un «dictateur».

D’ailleurs, des médias américains comme CNN et le Washington Post qualifiaient samedi Fidel Castro de «despote» et de «leader répressif», alors que Le Monde, en France, parlait du dirigeant célèbre pour ses discours de plusieurs heures comme d’un «vieux révolutionnaire».

Avec l’AFP et BBC

Fidel Castro Ruz est né le 13 août 1926 à Birán, dans la province de Holguín, fils d’un propriétaire de plusieurs terres agricoles.

Docteur en droit en 1950, il commence une carrière d’avocat et d’opposant politique.

Le 26 juillet 1953, Castro tente sans succès de s’emparer d’une caserne à Santiago avec une centaine d’insurgés. Condamné à la prison, puis amnistié, il s’exile au Mexique, où il fait la connaissance de Che Guevara.

Le 2 décembre 1956, Castro débar­que avec 81 militants dans le sud de l’île. Seule une quinzaine de guérilleros survivent et se réfugient dans les hauteurs de la Sierra Maestra. Six mois plus tard, ils sont une centaine et gagnent du terrain.

Le 8 janvier 1959, il fait une entrée triomphale à la tête de ses barbudos à La Havane, après 25 mois de guérilla contre le régime de Fulgencio Batista.

En janvier 1961, les États-Unis rompent les relations diplomatiques avec Cuba.

En février 1962, le président Kennedy décrète l’embargo contre Cuba. En octobre, l’installation de missiles soviétiques à Cuba provoque une crise entre Moscou et Washington.

En 1980, Cuba autorise le départ de 125 000 Cubains vers les États-Unis.

En 1990, l’effondrement de l’Union soviétique provoque une crise à Cuba.

En 1993, le gouvernement fait une petite ouverture économique en permettant l’usage du dollar américain.

En 1994, des centaines d’habitants de La Havane déclenchent une émeute. Il s’agit des plus importantes manifestations anticastristes depuis le début de la révolution.

En 2003, le gouvernementarrête 75 dissidents, qui sont condamnés à de lourdes peines de prison, entraînant des sanctions de l’Union européenne.

Le 31 juillet 2006, Castro subit une intervention chirurgicale après une grave hémorragie intestinale et il cède le pouvoir à son frère cadet Raúl, minis­tre de la Défense depuis 1959.

Le 24 février 2008, il cède le poste de président du Conseil d’État à son frère Raúl.

Le 19 avril 2011, Castro abandonne également à son frère Raúl sa dernière charge officielle, celle de premier secrétaire du Parti communiste de Cuba.

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