La prison pour avoir soutiré 32 M$ à un riche Australien

La prison pour avoir soutiré 32 M$ à un riche Australien

Une designer québécoise qui menait la grande vie dans les Caraïbes aux dépens d’un multi-millionnaire australien qui s’était amouraché d’elle passera les 12 prochaines années en prison pour lui avoir volé 3,2 millions $.

Le conte de fées de Michelle Bouchard a abruptement pris fin jeudi dernier, aux îles Caïmans, lorsque le juge Paul Worsley a rendu cette lourde sentence.

«La prison est une expérience qui sera loin d’être facile pour quelqu’un comme vous qui a mené la grande vie», a souligné le magistrat.

Au terme de trois semaines de procès, un jury de sept personnes l’a notamment reconnue coupable de 25 chefs de vol, falsification de document, obtention d’un bien par la tromperie et transferts de biens criminellement obtenus.

Originaire de Val-d’Or, la femme de 55 ans vivait comme une princesse depuis plusieurs années dans ce petit paradis des Antilles britanniques.

Photo Collaboration spéciale, Iris Stoner

Michelle Bouchard a
vécu pendant plusieurs années avec le multi-millionnaire James Handford dans un condo du complexe
Water’s Edge à Seven Mile Beach, aux îles
Caïmans.

Chirurgie plastique, liposuccion, bijoux sertis de diamants, voyages et croisières autour du monde: rien n’était trop beau pour Michelle Bouchard. Surtout lorsque c’était l’octogénaire australien qui payait la facture.

Bouchard a rencontré James Bruce Handford en 2007 lorsqu’il s’est acheté un condo aux îles Caïmans. Arpenteur de métier, ce dernier avait fait fortune dans le développement immobilier et ferroviaire de son Australie natale.

La Québécoise a quant à elle déménagé sur l’archipel pour y travailler en 1996, selon une autobiographie parue en 2011 dans le bulletin du Club Rotary de Grand Cayman, The Rotary Sun.

On y apprend que Michelle Bouchard a fait des études en marketing à l’Université McGill, puis en design d’intérieur à l’Université Ryerson de Toronto.

Photo Courtoisie The Daily Telegraph

James Handford, alias Jim Handford
(à gauche) était un promoteur immobilier prospère en Australie. Sur la photo,
il reçoit un honneur pour le projet Paradise Point sur la Gold
Coast.

«J’ai refait le design de plus de sièges sociaux, de stations balnéaires et de casinos partout à travers le monde que ce dont je peux me souvenir», y écrit-elle.

C’est d’ailleurs comme designer que James Handford a d’abord embauché Michelle Bouchard.

Elle emménagera ensuite avec lui dans son condo de Seven Mile Beach «le temps de retomber sur ses pieds» , alors que son permis de travail n’est pas renouvelé par les autorités.

Photo Collaboration spéciale, Iris Stoner

C’est une banquière de la Butterfield Bank, aux îles Caïmans, qui a sonné l’alerte, en voyant le compte conjoint de James Handford et Michelle Bouchard fondre au soleil.

Secrétaire particulière

En échange, Bouchard devenait la secrétaire de l’aîné, payait ses factures et récoltait les paiements de ses locataires.

Pour ce faire, Handford a ouvert un compte conjoint, le 25 mai 2010.

L’octogénaire aurait alors bien voulu que la relation amicale qu’il entretenait avec la Québécoise de 30 ans sa cadette passe à un autre niveau.

Handford l’a couverte de bijoux et a payé ses cartes de crédit plus d’une fois.

L’Australien a aussi généreusement envoyé 30 000 $ au jeune frère soi-disant sans-abri de Bouchard, qu’il n’avait jamais vu.

Photo Taneos Ramsay, Cayman Compass

Michelle Bouchard, tout sourire, à son arrivée au palais de justice de Georgetown, le jour du verdict.

En fait, Michelle Bouchard n’a jamais voulu de James Handford que son argent, a estimé le juge Worsley.

«À mon avis, vous êtes une femme manipulatrice et malhonnête, guidée par l’avidité», a-t-il insisté, précisant qu’elle avait abusé de la confiance d’un homme vulnérable pendant des mois.

Au total, la Québécoise a volé à son riche bienfaiteur près de 3,2 millions $ entre mai 2010 et octobre 2012.

De ce montant, 767 700 $ ont servi à l’achat d’un condo pour qu’elle ait son propre toit. Bouchard a aussi utilisé 22 000 $ pour payer ses frais de scolarité à l’école de droit Truman Bodden.

C’est la banquière personnelle de M. Handford, à la Butterfield Bank, qui a sonné l’alarme en septembre 2012, voyant le compte conjoint de son client et de Bouchard fondre au soleil. Un compte dans lequel la Québécoise n’a d’ailleurs jamais déposé le moindre sou.

La banquière Judith Holland a appelé la fille de M. Handford, Susan Van Dijk, en Australie, pour lui dire qu’elle devrait jeter un coup d »il aux finances de son père. Mme Van Dijk a aussitôt sauté dans un avion pour les îles Caïmans.

Trahie par son journal intime

Michelle Bouchard venait alors de virer près de 1 million $ en 29 jours vers ses comptes personnels dans les Antilles et au Canada.

La designer avait un cruel besoin de sécurité financière, selon des extraits de ses journaux intimes lus au procès.

On la sent tiraillée entre sa soif de richesse et le fait d’avoir une relation intime avec celui qu’elle surnomme Jim.

«Il veut avoir une relation sexuelle avec moi, mais il ne dit pas ce qu’il me donnera en retour, à part une forme de gîte et de couvert, ce qui n’est franchement pas suffisant pour me garder dans sa vie», note-t-elle en juillet 2010.

Deux mois plus tard, elle écrit qu’elle serait prête à devenir sa partenaire s’il la soutient et lui donne assez d’argent chaque mois, en plus de cadeaux à Noël, à sa fête et à la Saint-Valentin, tels que beaux bijoux, voyages et biens.

«SVP, faites en sorte qu’on se marie et que je bénéficie de sa fortune de façon à avoir une retraite aisée», ajoute-t-elle, comme si elle s’adressait à Dieu.

Photo tirée du site EWLP

La fille de James
Handford, Susan Van Dijk, était avec son père aux îles Caïmans lorsque Michelle
Bouchard a été arrêtée dans le condo de Seven Mile Beach.

Alcoolique à l’haleine infecte

Bien qu’elle qualifie parfois son bienfaiteur «d’ange gardien», elle est loin de n’avoir que de bons mots pour lui.

Michelle Bouchard écrit, entre autres, que l’haleine de Jim est infecte, qu’elle ne l’embrassera jamais, qu’il est un alcoolique, qu’il souille son lit et qu’elle ne pouvait concevoir de coucher avec un homme alors âgé de 82 ans.

Si elle est restée auprès de lui pendant plusieurs années malgré tout, c’est parce qu’elle «prenait soin de lui et qu’elle l’aimait d’une façon différente», a-t-elle témoigné au procès.

En novembre 2011, Bouchard a pourtant noté dans son journal craindre que sa poule aux ufs d’or ne la quitte littéralement: «I believe that my gravy train has decided to leave the station.»

Pour sa défense et pour justifier ses dépenses frivoles aux frais du millionnaire, Michelle Bouchard a soutenu s’être fiancée avec James Handford. Une version qu’il a démentie aux policiers.

Elle a d’ailleurs été déclarée coupable d’avoir obtenu frauduleusement une bague en diamant de quatre carats d’une valeur de 255 000 $. Une bague de fiançailles que l’octogénaire jure n’avoir jamais vue.

C’est que, ne reculant devant rien, Bouchard avait imité la signature de l’aîné pour obtenir une carte de crédit qu’elle a utilisée pour payer la bague, en juin 2012.

Le fortuné Australien a porté plainte à la police quelques mois plus tard, après avoir regardé ses états financiers avec sa banquière et sa fille.

«Ceux qui me connaissent savent que je ne donne pas des centaines de milliers de dollars à quelqu’un comme ça, même pas à mes propres enfants», a-t-il déclaré aux enquêteurs des crimes financiers.

Au même moment, la Québécoise, qui sentait la soupe chaude, a pris soin de cacher 100 000 $ de bijoux dans un coffret à la banque, a-t-on appris au procès.

Bouchard a été arrêtée le jour suivant la plainte du retraité au condo qu’elle partageait avec lui.

Elle était sur le point de fuir, a noté le juge Worsley. Ses bagages étaient faits et les déménageurs l’attendaient.

Maintenant âgé de 88 ans, M. Handford est retourné en Australie, où il vit dans un centre pour personnes âgées atteintes de démence. Il n’a pas pu assister au procès de Michelle Bouchard.

«Dieu merci, il ne comprendra jamais comment vous lui avez rendu sa confiance et son affection», a conclu le juge Worsley.

Avec la collaboration de Stéphane Alarie, Carol Winker de Cayman Compass et de Cayman News.

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