La victoire électorale de Netanyahou

La victoire électorale de Netanyahou

Benjamin Netanyahu a remporté une victoire éclatante aux élections israéliennes, et devrait être chargé de former le prochain gouvernement des tensions avec les Palestiniens et les différences avec le président américain.

18-03-2015 | 03h39

Dernière mise à jour: 18-03-2015 | 08h57

JÉRUSALEM – Benjamin Netanyahu a obtenu une éclatante victoire aux législatives israéliennes et devrait être appelé à former le prochain gouvernement dans un contexte de tensions avec les Palestiniens et de désaccords avec le président américain.

M. Netanyahu, au pouvoir depuis 2009 mais donné battu par les sondages, a fourni une nouvelle démonstration de sa capacité à affronter les vents contraires en sortant grand vainqueur de ces élections annoncées comme un référendum pour ou contre lui. 

À 65 ans, l’homme fort de la droite est pratiquement assuré d’être appelé par le président Reuven Rivlin à assumer son troisième mandat consécutif, son quatrième en comptant celui de 1996-1999.

Avec lui, la direction palestinienne, les États-Unis et la communauté internationale vont donc se retrouver a priori avec un futur chef de gouvernement qu’ils connaissent bien, et avec lequel les relations se sont dégradées au cours des derniers mois.

La campagne n’a pas contribué à les améliorer. Face aux sondages défavorables, et pour rallier les déçus et les indécis, M. Netanyahu a fait monter les enchères lundi en déclarant que les Palestiniens n’auraient pas l’Etat auxquels ils aspirent avec lui au gouvernement.

L’un des temps forts de la campagne de M. Netanyahu a été l’exceptionnel acte de défi qu’a représenté le 3 mars son discours au Congrès américain sur le nucléaire iranien. À l’invitation des adversaires républicains du président Barack Obama, M. Netanyahu est allé y dire tout le mal qu’il pensait de l’accord en cours de négociation avec la République islamique.

Droite ou union nationale

Aussitôt après avoir pris connaissance des premiers résultats des élections israéliennes, les Palestiniens ont prévenu qu’ils intensifieraient leurs efforts contre Israël sur la scène diplomatique et à la Cour pénale internationale, devant laquelle il compte poursuivre les dirigeants israéliens pour crimes de guerre.

La poursuite de l’occupation et de la colonisation, l’absence totale de perspective de reprise des efforts pour résoudre le conflit israélo-palestinien exaspèrent aussi les Européens. La pression va s’amplifiant en Europe pour une reconnaissance de l’État palestinien et des sanctions contre Israël.

M. Netanyahu va devoir décider s’il forme un gouvernement très à droite ou plus modéré pour faire face à cette multitude de défis, auxquels s’ajoutent les menaces sécuritaires ou les attentes économiques et sociales qui se sont clairement exprimées dans la campagne’ 

«Netanyahu a réussi son coup» et «peut soit s’allier avec les partis religieux et Avigdor Lieberman, soit choisir un gouvernement d’union nationale», explique le politologue Claude Klein.

En regroupant autour du Likoud, son parti conservateur, les formations nationalistes et ultra-orthodoxes ainsi que le parti à vocation sociale du nouveau venu Moshé Kahlon, M. Netanyahu forgerait une alliance a priori solide, forte de plus ou moins 67 sièges sur 120, selon les résultats quasiment définitifs.

M. Netanyahu pourrait cependant faire le calcul qu’un tel gouvernement compliquerait considérablement sa diplomatie et qu’après les élections, l’heure était venue d’arrondir les angles, selon des experts. Il pourrait ainsi essayer de rallier les travaillistes à un gouvernement d’union nationale. 

Mais pour Emmanuel Navon, professeur de relations internationales, «un gouvernement d’union nationale, c’est exclu» car «M. Netanyahu n’en a pas besoin».

«Dans deux à trois semaines»

M. Netanyahu n’a pas dévoilé ses plans. Il «a l’intention de se mettre immédiatement à la formation du gouvernement afin d’achever cette tâche dans un délai de deux à trois semaines», a annoncé seulement son parti, le Likoud. Il avait fallu huit semaines en 2013.

Il a entrepris à la mi-journée en vainqueur la visite hautement symbolique au mur des Lamentations à Jérusalem, durant laquelle il a promis «la sécurité et la prospérité» aux Israéliens. 

Mais il avait auparavant commencé à s’entretenir au téléphone avec les chefs de parti. Moshé Kahlon, à qui a été communément atribué le rôle de faiseur de roi dans la constitution d’un gouvernement, a clairement signifié qu’il était prêt à entrer dans un gouvernement dirigé par M. Netanyahu. Celui-ci lui a promis dimanche le portefeuille capital des Finances.

Les résultats quasiment définitifs transposés en sièges par les médias accordent 30 sièges au Likoud, 8 de plus que ne lui en prédisaient les derniers sondages et 10 de plus que dans la Knesset sortante. La liste Union sioniste du travailliste Isaac Herzog, principal adversaire de M. Netanyahu, en obtient 24.

La liste représentant les Arabes israéliens, descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d’Israël en 1948, a créé un autre événement de ce scrutin en terminant troisième avec 14 sièges selon les transpositions des médias.

Pour l’expert Emmanuel Navon, M. Netanyahu a réussi son tour de force aux dépens des petits partis de droite et du centre droit: «Il a réussi à créer la panique chez leurs électeurs en jouant du danger d’un gouvernement travailliste».

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