L’accord sur le nucléaire iranien entre en vigueur

L'accord sur le nucléaire iranien entre en vigueur

VIENNE, Autriche – L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a donné samedi son feu vert à l’entrée en vigueur de l’accord nucléaire historique conclu entre l’Iran et les grandes puissances, soulignant que Téhéran a tenu ses engagements en vue d’une levée des santions internationales.

«L’Iran a achevé les étapes préparatoires nécessaires au démarrage de la mise en oeuvre» de l’accord conclu le 14 juillet 2015, a déclaré le secrétaire général de l’agence onusienne, Yukiya Amano, dans un communiqué publié à Vienne, où les chefs de la diplomatie iranienne, européenne et américaine étaient réunis pour d’ultimes discussions.

En parallèle, l’Union européenne a adopté samedi soir la décision levant ses sanctions économiques et financières contre l’Iran, juste après le feu vert de l’AIEA à la mise en oeuvre de l’accord nucléaire signé avec les grandes puissances en juillet, a annoncé une source européenne à l’AFP.

La décision adoptée par les 28 États membres doit encore être publiée au Journal officiel de l’UE pour entrer en vigueur, ce qui devrait être fait dans la foulée.

Accord historique

Les grandes puissances et l’Iran s’efforçaient samedi de lancer la mise en oeuvre de l’accord historique de juillet 2015 sur le nucléaire et de lever les sanctions internationales, un tournant diplomatique doublé d’un échange de prisonniers entre Washington et Téhéran.

Le secrétaire d’État américain John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif se trouvaient à Vienne pour finaliser l’entrée en vigueur de cet accord, toujours suspendue à un feu vert technique de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur la réduction des capacités nucléaires iraniennes.

Développement inattendu dans ces ultimes tractations: quatre Irano-américains détenus en Iran, dont le journaliste du Washington Post Jason Rezaian, ont été libérés et échangés avec sept Iraniens détenus aux États-Unis.

Washington a également annoncé avoir abandonné ses poursuites contre 14 Iraniens.

Arrivé en milieu de journée dans la capitale autrichienne, John Kerry y a retrouvé M. Zarif pour des entretiens dans le palais Cobourg, là-même où avait été conclu l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015.

Une fois rendu public le rapport de l’AIEA, une cérémonie doit se dérouler à Vienne, selon les médias iraniens.

Avant son homologue américain, M. Zarif a vu la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini «pour finaliser le travail» sur ce texte destiné à empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique.

Interrogé sur une possible entrée en vigueur du texte d’ici la fin de la journée, le chef de la diplomatie américaine a répondu: «Nous y travaillons». «Nous essayons», a confié de son côté son homologue iranien. «On se dirige vers le jour de la mise en oeuvre (…) La diplomatie requiert de la patience», a-t-il tweeté en fin d’après-midi.

Dans la foulée de la déclaration d’entrée en vigueur, l’Union européenne, les États-Unis et l’ONU procéderont à une levée contrôlée des sanctions internationales qui brident l’économie de l’Iran, un pays de 77 millions d’habitants aux riches ressources pétrolières et gazières.

«Aujourd’hui, c’est un bon jour pour le peuple iranien et les sanctions seront levées», avait déclaré M. Zarif à son arrivée à Vienne dans la matinée, ajoutant qu’il s’agissait aussi d’un bon jour «pour la région» et «pour le monde».

Baisse du pétrole

Auparavant, l’AIEA doit attester que Téhéran a réduit comme convenu le nombre de ses centrifugeuses permettant d’enrichir de l’uranium, et envoyé à l’étranger la quasi totalité de son stock d’uranium faiblement enrichi.

En outre, les inspecteurs de l’agence doivent certifier que l’Iran a bien, comme il l’affirme, retiré le coeur du réacteur à eau lourde situé sur son site d’Arak et bétonné une partie de l’installation, de façon à ne plus pouvoir y fabriquer de plutonium de qualité militaire.

L’accord de Vienne, négocié par l’Iran et le groupe 5+1 (États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine et Allemagne), est considéré comme un succès diplomatique majeur pour le président américain Barack Obama ainsi que pour son homologue iranien modéré Hassan Rohani.

Lundi, ce dernier a assuré que Téhéran était sur le point d’entamer «une année de prospérité économique» avec la levée des sanctions.

Les milieux économiques se tiennent prêts depuis plusieurs mois à revenir dans ce pays qui dispose des quatrièmes réserves de brut au monde, et des deuxièmes de gaz. L’Iran, un pays de l’Opep, pourra notamment exporter à nouveau librement son pétrole.

Dans ce contexte, le brut est passé sous les 30 dollars le baril vendredi, les marchés anticipant un prochain afflux de pétrole iranien sur un marché déjà en surabondance d’offre.

Inquiétude d’Israël et des Saoudiens

La levée de l’intégralité des sanctions sera échelonnée sur dix ans, et durant 15 ans les mesures pourront être automatiquement rétablies en cas de manquements de l’Iran. Les embargos de l’ONU sur les armes conventionnelles et sur les missiles balistiques sont maintenus jusqu’en 2020 et 2023 respectivement.

L’accord de Vienne est aussi considéré comme l’amorce d’une réconciliation entre Washington et Téhéran, plus de 35 ans après la rupture de leurs relations diplomatiques.

Ce possible rapprochement américano-iranien met en rage les alliés traditionnels de l’Amérique dans la région – Arabie saoudite et Israël en tête – qui redoutent l’influence de la puissance chiite.

La République islamique d’Iran a toujours nié avoir voulu se doter de l’arme atomique, tout en revendiquant son droit à exploiter une filière nucléaire complète.

L’AIEA a cependant établi en décembre que Téhéran avait bel et bien mené jusqu’en 2009 des recherches pour avoir la bombe. Washington a fait valoir que ce constat ne devait pas empêcher d’«aller de l’avant» dans ce dossier.

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