Lac-Mégantic, 67% des citoyens traumatisés

Lac-Mégantic, 67% des citoyens traumatisés

LAC-MÉGANTIC | La santé mentale des citoyens de Lac-Mégantic est toujours fortement affectée, deux ans et demi après qu’un train rempli de pétrole eut explosé au centre-ville et tué 47 personnes.

Robert Bellefleur ne dort plus de la même façon depuis la tragédie du 6 juillet 2013.

«Je pense constamment qu’il se passe quelque chose et je me demande si j’ai le temps de me sauver. Ce printemps, j’ai sorti ma chaloupe dès que les glaces ont été fondues parce que si le train déraille chez moi, ma seule issue, c’est le lac», ajoute l’homme.

«Encore cette nuit, je me suis réveillé à 4 h du matin lorsque le train est passé. J’ai développé de l’hypervigilance. À toutes les semaines, au moins, les moteurs qui rugissent en montant la pente près de chez moi me réveillent et j’ai de la difficulté à me rendormir», raconte-t-il.

La voie ferrée est située à environ 1000 pieds de sa résidence acquise sur le bord du lac Mégantic dans les années 80. Le moindre bruit lui fait désormais craindre le pire. L’état des rails, qui semblent grugés par la rouille, l’inquiète au plus haut point.

La Direction de la santé publique de l’Estrie a dévoilé jeudi des données inquiétantes concernant la santé psychologique des résidents de la région du Granit. Deux citoyens sur trois vivent avec les symptômes d’un stress post-traumatique. Les troubles anxieux sont deux fois plus élevés dans cette région que sur tout le territoire estrien.

Lors des événements, la propriété de Robert Bellefleur n’a pas été touchée et l’homme n’y a pas perdu d’êtres chers. Toutefois, il estime que la tragédie a créé une sorte de psychose dans la communauté.

«Quand je vais au Musi-Café et que le train passe, tout le monde arrête de parler. C’est une tragédie collective que nous avons vécue.»

Une autre citoyenne de Lac-Mégantic, Françoise Turcotte, affirme elle aussi avoir l’oreille plus fine depuis les événements. La dame, dont la maison est près de la voie ferrée, surveille de près la vitesse à laquelle le train circule.

«Des fois, je bénis le train quand il passe. J’essaie d’être équilibrée dans tout cela», lance-t-elle en riant.

Quand elle raconte ce qu’elle a vécu le soir du drame, la dame semble revivre ces moments de terreur. Elle se souvient du bruit et de la clarté du ciel qui était due aux flammes.

«J’ai eu peur… J’ai eu très peur», mentionne-t-elle en ajoutant qu’aujourd’hui, dès que le train fait un bruit inhabituel, elle court à sa fenêtre afin de compter le nombre de wagons qui suivent la locomotive.

Photo Agence QMI, PIER-YVES CARBONNEAU-VALADE

Dre Mélissa GénéreuxDirectrice de la Santé publique en Estrie

L’enquête effectuée par la Direction de la santé publique de l’Estrie auprès de 1600 citoyens révèle que la santé psychologique de ceux-ci ne s’est pas améliorée dans la dernière année.

Plusieurs ressentent de l’anxiété, de la tristesse, ont des troubles du sommeil ou des souvenirs récurrents.

Malgré ces constats, peu de gens sont allés chercher de l’aide psychologique depuis un an.

«Le rétablissement d’une communauté est une base déterminante pour sa santé. Il faut se donner le temps de reconstruire», mentionne Carol Fillion, directeur général adjoint au CIUSSS-Estrie.

«Au-delà de la tragédie, les résidents doivent encore vivre avec les projets d’avenir du centre-ville, le recours collectif actuellement en branle et le retour du train au centre-ville. C’est certainement une source de stress pour la population», explique la directrice de la Santé publique en Estrie, la Dre Mélissa Généreux.

L’étude révèle notamment qu’une personne sur trois éprouve de la détresse psychologique et qu’une personne sur cinq estime ne pas avoir un bon état de santé globale. Aussi, une personne sur six a vu sa consommation d’alcool augmenter à la suite de la tragédie et une personne sur trois éprouve un sentiment d’insécurité dans son quartier.

Selon la professeure Danielle Maltais, spécialiste dans les conséquences lors de catastrophes, il est normal que de tels symptômes apparaissent, même après deux ans et demi. Dans cette communauté qui a vécu un deuil collectif, tout le monde est touché ou connaît une personne touchée par les événements.

«Lorsqu’on revient à une période de rétablissement, à la vie normale, c’est souvent à ce moment que les problèmes de santé psychologique apparaissent. Il est normal de voir des troubles de stress post-traumatiques apparaître à ce stade-ci. C’est la situation qui est anormale. Il faut donc être conscient de la souffrance des individus.»

LES MÉGANTICOIS EN DÉTRESSE

67 % souffrent de stress post-traumatique modéré ou grave

16 % ont consulté un psychologue

7 fois plus de gens ne se sentent pas en sécurité

2 fois plus de gens se perçoivent comme étant en mauvaise santé

2 fois plus de gens ont un trouble anxieux

Source: Direction de la santé publique de l’Estrie

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