Le cavalier de coupe, une avalanche d’émotions

Le cavalier de coupe, une avalanche d'émotions

Christian Bale part à la recherche de lui-même dans ce superbe film de Terrence Malick.

Le voyage du pèlerin (texte de 1678 de John Bunyan), version narrée par John Gielgud, et Le chant de la perle, tiré des Actes de Thomas, un texte apocryphe, émaillent ce Cavalier de coupe de Terrence Malick, dans lequel on retrouve également des références au jeu divinatoire du tarot. Le tout donne un nectar (restons dans le divin) puissant, s’achevant sur une note extrême-orientale de liberté et de délivrance.

Rick (Christian Bale) erre à travers un Los Angeles froid, bétonné, moderne, aseptisé, blanc. Les «partys» se succèdent, les femmes sont dévêtues, diaphanes, irréelles tel le monde qui l’entoure. Mais il ressent un vide. Comment peut-il le combler’ Il part alors, sous l’impulsion d’une tireuse de cartes, à travers un voyage dans sa mémoire, chaque épisode – sauf le dernier – portant l’empreinte d’une carte de tarot.

La lune, c’est Della (Imogen Poots), jeune femme à la chevelure synthétique rose, c’est l’illusion de la liberté, la fuite pour se sentir vivant. «Et si nous étions faits pour autre chose’», demande-t-elle avant le départ de Rick. Puis, c’est au tour du Pendu, Barry (Wes Bentley), son frère, l’entraîne dans Skid Row, dans les bas-fonds de cette ville factice. La figure de Joseph (Brian Dennehy), le père, s’impose peu à peu au milieu des joueurs de dominos, d’un sweat-shop et des sans-abris. Quelle rédemption, quelle justification trouver alors’

L’ermite, c’est Tonio (Antonio Banderas), un coureur de fêtes qui n’a pas son pareil pour distribuer des baise-mains à de vieilles dames couvertes de bijoux. «La vie est une déesse», phrase à laquelle on a envie d’ajouter l’adjectif «vénéneuse» tant ce monde – peuplé de Ryan O’Neal, de Joe Manganiello et de plusieurs autres – est «un marécage» de dire la voix-off. Le Jugement, carte de la renaissance, c’est Nancy (Cate Blanchett), l’ex épouse de Rick. Médecin, elle soigne, recoud, rend la vie, tandis qu’elle et Rick se promènent au milieu des hangars vides des studios de cinéma.

Puis vient La Maison Dieu, Helen (Freida Pinto), sublime mannequin, solide, détachée des illusions du monde extérieur, devant laquelle Rick ne peut que se prosterner. C’est la réalisation que la vie n’acquiert pas plus de sens au fur et à mesure qu’on la vit, que cette rassurance n’est, en fait, que le leurre ultime de l’existence. Karen (Teresa Palmer), strip-teaseuse à Las Vegas, est La Papesse. La méditation s’effectue au milieu des décors de carton-pâte des casinos puisque «personne ne se préoccupe, désormais, de la réalité», entend-on. Et enfin, c’est de la Mort – cette capsule présente Elizabeth (Natalie Portman) au destin déchirant – que vient la Liberté, dernière étape vers un commencement (ou recommencement) vers la vie.

Réflexion philosophique et spirituelle, superbement mise en musique et en images, «Le cavalier de coupe» est également une avalanche de sensations et d’émotions, un long métrage comme seul peut en offrir Terrence Malick et mon immense coup de c’ur de ce début d’année.

Note: 4,5 sur 5

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