Le chantier naval Davie embauche en anglais

Le chantier naval Davie embauche en anglais

Sommé de se conformer à la loi 101 par l’Office québécois de la langue française (OQLF), le chantier naval Davie recrute ses dirigeants et professionnels presque unique­ment en anglais, a appris Le Journal. La connaissance du français n’est pas un prérequis, sauf exception.

La direction du chantier a fait appel à deux firmes pour recruter son personnel. Il s’agit de Dovekie Management Solutions, dont le siège social est à Halifax et Tundra Technical Solution, dont le siège social est situé à Toronto. Cette entreprise a un bureau à Québec.

Depuis le début de l’année, Dovekie cherche à pourvoir plusieurs postes au chantier naval de Lévis: gestionnaires, directeur de projet, surintendants, acheteur, expéditeur, analyste, directeur de production, ingénieur.

Elle cherche notamment un directeur de projet relié au contrat de 700 millions $ octroyé au chantier de Lévis par le gouvernement fédéral, appelé «Projet resolve».

L’offre d’emploi est rédigée exclusivement en anglais, a constaté Le Journal. Il en est ainsi pour tous les autres postes à pourvoir à Lévis.

La maîtrise de la langue française et de l’anglais est exigée uniquement pour les postes de superviseurs à la construction.

Le bilinguisme est «considéré comme un atout» pour le poste de gestionnaire du projet Resolve et pour les candidats aux «nombreux» postes de spécialistes en planification que Dovekie cherche à pourvoir à Lévis. Dovekie est d’ailleurs propriété de Stephen O’Brien qui est aussi vice-président exécutif chez Davie.

«Une erreur»

Le Journal a pris connaissance de trois offres d’emplois publiées par Tundra Technical Solutions inc., concernant le chantier Davie. Toutes sont rédigées en anglais.

Une erreur, a fait savoir le patron de Tundra, à Québec, Antras Arevian. «Tous nos postes doivent être affichés dans les deux langues», a dit M. Arevian.

Parmi les emplois affichés par Tundra pour Davie, la connaissance du français est exigée pour un seul poste, celui de «responsable de bateau». Dans les deux autres cas, ingénieur/technicien et coordonnateur de la sous-traitance, ni la connaissance du français ni le bilinguisme ne figurent parmi les exigences.

Ultimatum de l’OQLF

Depuis la reprise de ses activités, en 2012, Davie cherche à obtenir un certificat de francisation. En juillet 2015, l’OQLF sommait l’entreprise de se conformer à la Charte de la langue française, au plus tard, le 31 mai 2016, sous peine de recours.

Davie soutient avoir de la difficulté à recruter du personnel francophone qualifié dans la région de Québec même si le chantier naval de Lévis existe depuis 190 ans.

Les nombreuses demandes d’entrevue faites à la direction du chantier ont été rejetées. L’entreprise a choisi de nous envoyer une déclaration écrite, par courriel.

«Davie travaille fort pour recruter des employés qui s’expriment en français […] Complètement fermé avant sa relance en 2012, le chantier Davie a de la difficulté à trouver des candidats locaux qualifiés dans tous ses secteurs d’activité, mais nous tentons de le faire jour après jour», a écrit Melissa Morisson, vice-présidente aux ressources humaines.

«Pas de Québécois compétents»

Le syndicat des employés de Davie s’inquiète de voir l’entreprise recruter du personnel en utilisant uniquement la langue de Shakespeare pour pourvoir aux postes de gestion.

«J’ai vu sur internet que les annonces sont toutes en anglais», a confié le président du syndicat, Raphaël Jobin. Le président dit avoir demandé des explications à la direction de Davie. «J’ai fait part de mes inquiétudes à l’entreprise. Ils nous répondent qu’il n’y a personne au Québec qui a les compétences pour faire les travaux qu’ils demandent», a rapporté M. Jobin.

Le syndicat dit ne pas pouvoir contredire les prétentions de la direction, mais reconnaît que ça ne facilite pas la tâche du chantier dans sa tentative de se conformer à la Charte de la langue française. «Ils n’ont pas l’air de faire les efforts nécessaires. Il n’y a pas vraiment de résultat», a dit M. Jobin.

Le président du syndicat se dit aussi préoccupé par «une apparence de conflit d’intérêts» impliquant un membre de la direction de Davie, Stephen O’Brien, qui dirige aussi Dovekie, chargée de faire du recrutement pour le chantier

Depuis novembre 2014, trois plaintes ont été portées à l’OQLF par un employé de Davie en raison de l’usage extensif de l’anglais sur le chantier.
En juillet 2015, l’OQLF donnait jusqu’au 31 mai 2016 au chantier Davie pour achever son programme de francisation.
Une représentante de l’OQLF est attendue au chantier mercredi.

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