Le NPD réclame une enquête sur la torture de Canadiens en Syrie

Le NPD réclame une enquête sur la torture de Canadiens en Syrie

Des documents secrets obtenus par Radio-Canada et CBC révèlent que de 2001 à 2004, trois Canadiens de confession musulmane, Abdhullah Almalki, Ahmad Elmaati et Muayyed Nureddin, ont été emprisonnés et torturés en Syrie avec la complicité des autorités canadiennes. À la suite des attentats du 11 septembre 2001, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) les soupçonnaient d’appartenir à d’Al-Qaïda.

Évoquant ces « allégations très graves » visant deux agences canadiennes lors de la période de questions, à l’occasion de la reprise parlementaire, la porte-parole du NPD en matière d’Affaires étrangères, Hélène Laverdière, a réclamé une enquête.

Sa requête s’est heurtée à une fin de non-recevoir.

Deux commissions se sont penchées sur ces questions et plusieurs de leurs recommandations ont été mises en place, a répondu le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

En 2008, la commission Iacobucci concluait que des actions des autorités canadiennes avaient indirectement contribué à la torture d’Abdhullah Almalki, Ahmad Elmaati et Muayyed Nureddin en Syrie. Elle estimait que des informations fournies par fournies par la GRC et le SCRS auraient nui à leur cause.

Deux ans plus tôt, la commission O’Connor avait pour sa part statué sur les actions des responsables canadiens relativement dans l’affaire Maher Arar, un Canadien arrêté aux États-Unis en 2002. Soupçonné par la CIA d’avoir participé à des activités liées au terrorisme, il avait été expulsé en Syrie, où il avait été torturé.

Le juge O’Connor en arrivait à la conclusion que l’ingénieur canadien d’origine syrienne n’avait en aucune façon été complice d’actes terroristes et blâmait la GRC pour son travail bâclé, qui était à l’origine de son expulsion.


Abdullah Almalki, Muayyed Nureddin et Ahmad Elmaati en 2008  
Photo : Chris Wattie / Reuters

Vers la création d’un comité de supervision

Le ministre Goodale a en outre assuré qu’une de leurs recommandations importantes qui n’avait pas encore été mise en place, soit celle de créer un comité de supervision formé de parlementaires, serait suivie.

Sa réponse n’a pas satisfait la députée de Laurier-Sainte-Marie. « La torture, c’est immoral, c’est inefficace », a-t-elle dit à la sortie de la période de questions. « On sait que les renseignements obtenus sous la torture ne sont souvent pas très valides. […] En plus, ça contredit tous nos engagements internationaux. »

Je trouve ça très, très, très troublant qu’une telle chose ait pu se passer et moi, je veux une enquête approfondie.

Hélène Laverdière, porte-parole du NPD en matière d’Affaires étrangères

Une directive ministérielle permet au SCRS d’utiliser les renseignements obtenus sous la torture dans certaines conditions. Adoptée sous les conservateurs en 2010, elle est toujours en vigueur sous le gouvernement de Justin Trudeau.

Abdhullah Almalki, Ahmad Elmaati et Muayyed Nureddin poursuivent le gouvernement. Leur cause doit être entendue en janvier 2017.

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