Le renversant pouvoir cancérigène de la fumée de tabac

Le renversant pouvoir cancérigène de la fumée  de tabac

Une importante étude du prestigieux Science montre que fumer un paquet de cigarettes par jour provoque chaque année l’apparition de centaines de mutations dans chacune des cellules des poumons.

Le tabagisme est directement responsable de 6 millions de décès chaque année et pourrait, selon l’Organisation mondiale de la santé, faire à lui seul plus d’un ­milliard de victimes au cours du 21e siècle. Ce bilan effroyable ­reflète le caractère extrêmement toxique de la fumée de tabac pour le corps humain, notamment la présence de plusieurs milliers de composés cancérigènes qui augmentent de façon vertigineuse le risque de développer au moins 17 types différents de cancers.

Une étude récemment publiée dans la revue Science permet de mieux visualiser ce potentiel cancérigène de la fumée de tabac1.

Puisque les cancers proviennent à la base de mutations dans l’ADN, une équipe de scientifiques américains a entrepris de déterminer le fardeau de mutations associé au tabagisme en comparant l’ADN présent dans plus de 5000 tumeurs provenant de fumeurs et de non-fumeurs. Ils ont observé que l’ADN des fumeurs présentait des dommages uniques, non retrouvés chez les non-fumeurs, et qu’il existe donc bel et bien une «signature de mutations» associée au tabagisme qui permet de quantifier précisément les ravages que la cigarette cause aux organes des fumeurs.

Et les résultats sont renversants: fumer un paquet de cigarettes par jour provoque chaque année l’apparition de plusieurs mutations dans les cellules qui sont étroitement en contact avec la fumée de tabac ou ses métabolites.

Les poumons sont bien sûr les plus touchés, avec pas moins de 150 mutations pour chaque cellule, mais d’autres organes sont également affectés, en particulier ceux de la gorge (97 mutations pour chaque cellule du larynx et 39 pour chaque cellule du pharynx), de la vessie (18 mutations par cellule) et du foie (6 mutations par cellule).

Chacune de ces mutations ne va pas nécessairement déclencher un cancer, mais comme le mentionne un des auteurs de l’étude, «fumer est comme jouer à la roulette russe; plus vous jouez, plus la chance qu’une de ces mutations touche un gène qui favorise la ­progression du cancer est élevée».

Jamais trop tard

Ces mutations causées par la ­fumée de cigarette sont pratiquement permanentes: par exemple, une étude a récemment montré que des dommages à l’ADN peuvent être encore détectés plus de 30 ans après l’arrêt du tabac2. Cela ne veut cependant pas dire qu’il n’y a pas d’avantages à cesser de fumer, car l’abandon du tabac se traduit immédiatement par une ­diminution du risque de cancer ­associé à l’apparition de nouvelles mutations.

Les études réalisées jusqu’à maintenant montrent également que les ex-fumeurs ont un risque de mort prématurée ­significativement plus faible que ceux qui persistent à fumer. Par exemple, alors que les fumeurs voient leur espérance de vie ­réduite en moyenne de 10 ans, ceux qui arrêtent à l’âge de 30 ans annulent complètement cette hausse du risque, tandis que ceux qui écrasent pour de bon à 50 ans la réduisent de moitié3.

Il n’est donc jamais trop tard pour cesser de fumer, non seulement pour diminuer le risque de cancer, mais aussi pour éviter de mourir prématurément de maladies cardiovasculaires: par exemple, cinq ans après l’abandon du tabac, le risque d’accident cardiovasculaire devient similaire à celui d’un non-fumeur.

Briser les chaînes

Les études montrent qu’il est très difficile de cesser de fumer sans aide; à peine 5 % des gens qui essaient parviennent à rester non-fumeurs après un an. Cependant, on peut facilement augmenter ce taux de succès à 20 ou 25 % grâce à un programme de soutien psychologique, combiné à l’utilisation de substituts de tabac (timbres) ou de traitements pharmacologiques ­(buproprion, varénicline).

La cigarette électronique représente également un nouvel outil très intéressant, beaucoup moins dommageable pour la santé que les cigarettes traditionnelles, et qui est de plus en plus recommandé par plusieurs spécialistes de la lutte au tabagisme.

1. Alexandrov LB et coll. Mutational ­signatures associated with tobacco ­smoking in human cancer. Science 2016; 354: 618-622. 2. Joehanes R et coll. Epigenetic ­signatures of cigarette smoking. Circ Cardiovasc Genet 2016; 9: 436-447.

3. Doll R et coll. Mortality in relation to smoking: 50 years’ observations on male British doctors. BMJ 2004; 328: 1519.

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