Le vote pourrait affecter notre assiette

Le vote pourrait affecter notre assiette

La crise du Brexit qui secoue l’Europe pourrait avoir un impact jusque dans notre panier d’épicerie, estiment des experts.

«Les fruits et légumes et les produits transformés risquent de coûter plus cher au cours des prochains mois», prédit Sylvain Charlebois, doyen de la faculté de management à l’Université Dalhousie et spécialiste en agroalimentaire.

La décision des Anglais de sortir de l’Union européenne lors d’un référendum tenu jeudi dernier cause beaucoup d’incertitude sur les marchés au Royaume-Uni et en Europe.

À court terme, chez nous, c’est notre dollar qui pourrait être le plus touché. Ce qui affectera par le fait même le coût des denrées, dont les fruits et légumes venus des États-Unis.

«En temps de crise, les investisseurs se tournent vers des monnaies refuges, comme le dollar américain, qui est plus stable, ce qui fait augmenter sa valeur. Le taux de change lors de notre approvisionnement aux États-Unis pourrait donc être affecté», explique Bertrand Montel, chercheur indépendant en économie agroalimentaire.

Les conséquences de ce divorce sont par ailleurs minimes de notre côté de l’Atlantique, selon les analystes.

«On exporte plusieurs produits au Royaume-Uni, comme de la viande, du soya, du canola, des céréales et même du chocolat. Les Anglais ne vont pas arrêter de manger cette sucrerie avec leur thé du jour au lendemain», insiste Normand Bourgault, professeur en marketing à l’Université du Québec en Outaouais.

Mais des experts se demandent ce qu’il adviendra de l’entente de libre-échange signée, mais non ratifiée entre le Canada et l’Union européenne (voir autre article).

À plus long terme, il est difficile de prévoir comment le Royaume-Uni réagira à cette cassure et si les exportations du Canada pourraient être touchées.

«Dans un monde de plus en plus complexe, on assiste à une tendance de certains à vouloir se replier. Le Royaume-Uni pourrait adopter des mesures assez protectionnistes et favoriser ses marchés domestiques», insiste M. Charlebois.

Mais le maître d’enseignement en économie aux HEC Germain Belzile croit plutôt que les Britanniques seront ouverts plus que jamais au libre-échange. Le Canada pourrait même être avantagé du fait de ses relations coloniales.

«Le Royaume-Uni se plaignait toujours qu’au sein de l’Union européenne il n’y avait pas assez d’échanges à l’extérieur de l’Europe. Il pourra dorénavant faire plus d’ententes comme il le souhaitait», estime-t-il.

D’autres effets possibles au Canada

Traité de libre-échange Canada-UE mis en veille

La ratification du traité de libre-échange conclu entre le Cana­da et les pays de l’Union européenne pourrait être retardée avec le départ du Royaume-Uni. En plus du fait que certains points de discorde demeuraient sur les mesures contenues dans l’entente, l’Europe a maintenant d’autres chats à fouetter avec le Brexit. Le retrait possible du Royaume-Uni pourrait aussi changer la donne.

«Le traité est descendu dans l’échelle des priorités de l’Europe. Il y a aussi une incertitude majeure par rapport à la place du Royaume-Uni, qui a toujours été près des positions du Cana­da, un allié dans cette négociation», indique Yan Cimon, professeur en sciences de l’administration à l’Université Laval.

Whisky moins cher

La dévaluation de la monnaie, la livre sterling, pourrait diminuer le prix des produits venus du Royaume-Uni, tels que l’alcool, qui est le septième produit le plus importé au Canada provenant de ce pays.

«Les spiritueux anglais, comme le fameux whisky, pourraient être plus concurrentiels. Les entreprises locales pourraient être défavorisées», croit Bertrand Montel, chercheur indépendant en économie agro­alimentaire.

Banques, institutions financières 
et compagnies d’assurances 
affectées

Londres était l’un des pôles finan­ciers mondiaux, mais de grandes institutions financières ont décidé de quitter la capitale du Royaume-Uni. Certaines activités ont notamment été transférées à Francfort, en Allemagne.

«Ceux qui ont des REER dans des fonds communs de placement mondiaux ou des actions européennes ont peut-être un petit nuage gris au-dessus de la tête ces jours-ci», mentionne Yan Cimon, professeur en scien­ces de l’administration à l’Université Laval.

Bon temps 
pour s’envoler 
en Angleterre

La livre sterling a chuté de 10 % vendredi après l’annonce de la victoire du Brexit pour attein­dre le plus bas taux depuis 1985. La descente s’est poursuivie hier avec une autre perte de 3 %, ce qui l’a menée à 1,32 face au dollar américain (1,72 en dollar canadien).

C’est donc le bon moment pour voyager au Royaume-Uni.

«Pour la première fois depuis longtemps, on va pouvoir conseiller à nos étudiants de faire des échanges à Londres parce que ce sera enfin plus abordable», sourit Germain Belzile, maître d’enseignement en économie aux HEC.

Étiquettes : , , ,

Laisser un commentaire