Les pharmaciens propriétaires accusent le ministre Barrette de manquer à sa parole

Les pharmaciens propriétaires accusent le ministre Barrette de manquer à sa parole

« Ce ministre de la Santé n’aime pas les pharmaciens. Il veut en découdre avec eux autres. Et il réussit très bien », a laissé tomber, lundi en conférence de presse, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard, agissant à titre de négociateur pour l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

Les négociations sont dans une impasse entre le ministre et l’AQPP pour des raisons que celle-ci ne parvient pas à s’expliquer, alors que le ministre a invoqué un « nouveau contexte » pour modifier unilatéralement les modalités de l’entente, sans donner d’autres précisions.

« C’est incompréhensible. C’est quoi le contexte’ Ça veut dire quoi ce mot-là’ », s’est insurgé M. Bouchard qui a ensuite avancé sa propre thèse pour expliquer la volte-face du ministre.

C’est clair qu’il [le ministre Barette] a été mis en face du lobby des génériques et puis il a cédé. Il aime mieux se mettre en face des pharmaciens, des victimes passives, que de se battre avec des multinationales.

L’ex-premier ministre Lucien Bouchard, agissant à titre de négociateur pour l’AQPP

L’entente initiale prévoyait que Québec réduise les honoraires des pharmaciens et leur permette de compenser cette baisse de revenus par une augmentation des allocations professionnelles, soit les ristournes qui leur sont versées par les compagnies pharmaceutiques à l’achat de médicaments.

Or, Québec a bel et bien réduit les honoraires des pharmaciens de 133 millions de dollars par année, mais plutôt que de retirer le plafond des ristournes tel que prévu à l’entente, l’a relevé progressivement, et ce, avec un retard sur la ponction dans les honoraires. L’AQPP soutient que ce manque à gagner a mené à une perte de 1000 emplois en pharmacies, dont 300 emplois de pharmaciens et de 3500 heures d’ouverture de pharmacies à travers la province.

« Nous accusons le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de fragiliser le secteur de la pharmacie communautaire en refusant de négocier avec un minimum de sérieux, en laissant perdurer depuis deux ans une crise majeure qui affecte toute l’industrie de la pharmacie communautaire au Québec », a pour sa part déclaré le président de l’AQPP, Jean Thiffault.


Jean Thiffault, président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires  
Photo : Radio-Canada

Des négociations dans l’impasse

Les pharmaciens s’interrogent aussi sur le refus du ministre de discuter d’une nouvelle proposition qu’ils ont faite en juillet dernier pour dénouer l’impasse, proposition qui aurait eu pour effet de réformer complètement le mode de rémunération des pharmaciens.

Ils suggéraient en effet d’enlever complètement les ristournes de leur rémunération et de les remplacer par une augmentation équivalente de leurs honoraires, laissant à Québec le soin de négocier en bloc les réductions de coût des médicaments avec les multinationales pharmaceutiques.

Les pharmaciens faisaient valoir qu’avec un pouvoir de négociation beaucoup plus puissant que celui des pharmaciens individuels, le ministère de la Santé obtiendrait des réductions beaucoup plus importantes de la part des compagnies pharmaceutiques, ce qui se traduirait à la fois par une économie pour le gouvernement  qu’ils évaluent à au moins 341 millions de dollars ‘ et par une baisse du coût des médicaments pour la population.

« Ils n’ont même pas voulu en parler à la table », a indiqué M. Bouchard, qui s’est désolé de la décision « unilatérale » du ministre Barrette de renier son entente puisque ce geste, selon lui, a une portée beaucoup plus vaste que le seul conflit avec les pharmaciens.

Ça jette un discrédit sur la fonction gouvernementale comme telle […] on voit la désaffection du public envers les élus et ça, ça accrédite les pires perceptions.

L’ex-premier ministre Lucien Bouchard, agissant à titre de négociateur pour l’AQPP

Selon l’AQPP, les ristournes permises, qui sont passées de 15 % du coût du médicament à 25 % sous décret du ministre, atteindraient facilement les 35 % si elles étaient négociées par le gouvernement et permettraient des économies de 341 millions de dollars à Québec.

L’Association estime que cette somme pourrait aussi être beaucoup plus importante parce les réductions de prix se situent entre 40 et 50 % dans plusieurs autres provinces.

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