Les survivants du défilé de la Saint-Jean-Baptiste

Les survivants du défilé  de la Saint-Jean-Baptiste

Johanne Coursolle a perdu son mari, il y a neuf ans, dans un tragique accident durant le défilé de la Saint-Jean. Quatre ans plus tard, c’était au tour de son fils de sept ans de mourir quelques jours après la fête nationale. Malgré tout, elle s’est relevé les manches et entend bien fêter aujourd’hui avec ses enfants.

«Ça ne sera plus jamais exactement comme avant, mais tout ça n’a rien enlevé à l’importance et à la signification de cette fête», dit la mère de famille, rencontrée hier au Camping D’aoust, à Hudson, en Montérégie.

Son histoire et celle de son mari ont fait le tour du pays en 2008. Ce dernier, Steve Whissell, avait sauvé ses enfants en les poussant alors qu’une voiture sans conducteur dévalait une pente lors du défilé de la fête nationale. La femme, mère de trois enfants, avait elle aussi été frappée par la voiture. Elle a dû passer quatre mois à l’hôpital, notamment pour des blessures au dos.

Photo d’archives

Steve Whissell
Père décédé

Elle a par la suite sombré dans une dépression majeure, qui a duré quelques années. «Dès que je voyais une fleur de lys, je tournais la tête», raconte la femme de 48 ans.

«Je ne le croyais pas»

Un autre événement tragique viendra encore changer sa vie. Le 28 juin 2012, son petit Noah, âgé de sept ans, a été happé mortellement par une camionnette alors qu’il circulait à vélo dans le camping où la famille passe ses étés.

Photo tirée de Facebook

Noah Whissell
Fils décédé

«Je ne le croyais pas au début, je me suis dit: Ça ne se peut pas’. C’était impossible, je pensais qu’on ne pouvait vivre qu’un gros drame dans une vie», dit-elle.

Or, plutôt que de s’apitoyer sur son sort, elle a choisi de se relever les manches pour ses deux autres enfants, qui sont devenus sa raison de vivre.

«Ça a tellement changé ma vie, dit-elle. Aujourd’hui, je profite de chaque petit moment. Je vis beaucoup plus dans le moment présent.»

Une meilleure mère

Paradoxalement, elle dit que la mort de son fils lui a permis de mieux accepter celle de son mari.

«Noah parlait toujours de son père. Aujourd’hui, il est avec lui. Je me dis que Steve s’en occupe et que moi, je m’occupe des deux autres», dit la femme qui a beaucoup appris dans les épreuves. «Je pense même que je ne serais pas une aussi bonne mère pour mes enfants. Les deux (Steve et Noah) m’ont beaucoup appris dans ce drame-là.»

Chaque printemps, la famille Coursolle-Whissell trouve un papillon blanc qui vole dans la roulotte lors de l’ouverture. Pour eux, il s’agit d’un clin d »il fait par Noah. La mère de famille prend toujours une photo du papillon pour la garder en souvenir.

Fêter au camping au lieu d’aller au défilé

Si la famille avait comme tradition de se rendre au défilé de la Saint-Jean-Baptiste à Huberdeau, dans les Laurentides, elle n’y est retournée qu’une seule fois, en 2015. La famille n’a pas beaucoup profité du moment. Elle préfère donc fêter au camping, où une danse est notamment organisée.

Au cours des derniers jours, la famille et quelques amis des enfants se sont rendus au Wal-Mart pour acheter des chandails avec le slogan: «J’aime le Québec». La mère dit qu’ils ont eu du plaisir à magasiner et qu’elle a bien hâte de les voir s’habiller pour la fête.

«C’est une belle fête. Pour moi, ce n’est pas la fête de la mort de mon mari. De toute façon, il ne voudrait pas que ce soit ça», dit celle qui partageait avec son mari l’amour du Québec et qui croit en son indépendance.

Johanne Coursolle a également gardé un contact avec les jumeaux de son mari nés d’une précédente union. Ces derniers avaient, eux aussi, évité la mort de peu lors de l’accident survenu à Huberdeau. Ils sont aujourd’hui âgés de 19 ans et poursuivent leurs études.

Elle n’en veut pas aux conducteurs

Johanne Coursolle aurait bien aimé parler avec les conducteurs impliqués dans les accidents qui ont coûté la vie à son mari et à son fils. Elle souhaite leur dire qu’elle ne leur en veut pas et qu’ils n’ont pas à se sentir coupables de ce qui est arrivé. «J’aimerais savoir comment ils vont, eux autres. Ça doit être terrible de vivre avec ça.»

Tout le portrait de son père

Même s’il n’avait que trois ans et quatre mois quand son père est décédé, le jeune Nathan lui ressemble beaucoup. Selon Johanne Coursolle, les deux ont la même démarche. Le jeune homme a un intérêt marqué pour l’histoire, tout comme son père. La mère de famille se fait d’ailleurs un devoir d’inculquer des valeurs et des enseignements qu’il voulait leur transmettre avant son décès.

Étiquettes :

Laisser un commentaire