L’Hermione s’apprête à mettre le cap sur l’Amérique

L'Hermione s'apprête à mettre le cap sur l'Amérique

Le 20 mars 1780, l’ardent marquis de La Fayette embarque à 23 ans sur l’Hermione pour prêter main-forte aux «patriotes» américains contre les Anglais; 235 ans plus tard, c’est samedi à 22 h 30 locales (16 h 30 au Québec) que la réplique du navire quittera son mouillage de l’île d’Aix, en France, pour rallier à son tour l’Amérique.

Selon l’agenda diffusé par l’Élysée, le président François Hollande devrait être présent samedi pour souhaiter bon vent à «la frégate de la liberté», aux côtés de la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal.

«Il y a deux siècles, ils étaient 242 à bord» — dont 130 à la manoeuvre — «nous, nous serons 80 en tout», prévient Yann Cariou, commandant du trois mâts du XXIe siècle, mis à flots en 2014 à Rochefort.

«Ce qui demande une heure, nous le commencerons trois heures avant», ajoute ce digne successeur de René de Latouche-Tréville, commandant de la première Hermione, tristement naufragée au large du Croisic (Loire-Atlantique) en 1793 après sa glorieuse épopée américaine.

Yann Cariou compte sept tours du monde en 30 ans de marine nationale et six ans de marine marchande, dont trois ans à la barre d’un autre trois-mâts, le célèbre bateau-école Belem.

Sur l’Hermione, l’officier de 53 ans commandera un équipage de marins aguerris et de 54 bénévoles et passionnés de tous horizons, dont un tiers de femmes: moyenne d’âge 27 ans.

À bord, ils feront les 3/8 par tiers: bâbord, tribord, milieu. Et tous endureront la traversée houleuse de l’Atlantique-nord durant six semaines, jusqu’à l’arrivée prévue le 5 juin dans la baie de Yorktown (côte est des États-Unis), théâtre de la déroute anglaise en 1781 face aux Insurgés américains commandés par George Washington, aidés par un corps expéditionnaire français avec Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834), le comte de Rochambeau et l’escadre de l’amiral de Grasse.

Mise en chantier à l’arsenal de Rochefort en 1778 sur les plans de l’ingénieur Chevillard Aîné, l’Hermione de La Fayette fut achevée en six mois. Sa réplique a quitté la cale de Rochefort en septembre 2014, au terme d’un chantier titanesque de 17 ans.

À New York pour la parade du 4 juillet

La construction du «navire-soeur» du vaisseau de La Fayette a mobilisé des centaines d’artisans venus du monde entier et les savoir-faire d’une trentaine de métiers.

Coque de 45 m de long, grand mât en pin d’Orégon culminant à 54 m, 2200 m2 de voilure, 25 km de cordes et vitesse maximale de 14 noeuds (26 km/h) toutes voiles déployées: l’Hermione du XXIe siècle est une véritable «bête de course», assure le «pacha», qui table sur une vitesse moyenne de 4,5 noeuds pour un voyage de 7500 miles (13000 km).

Outre-Atlantique, des milliers de spectateurs férus d’histoire et/ou francophiles autant que passionnés de la mer attendront la frégate à chacune de ses 11 escales, le long de la côte est-américaine: Baltimore, New York, Philadelphie, Newport, Boston, etc…

Apothéose des célébrations de l’amitié franco-américaine, «des centaines si ce n’est des milliers» de bateaux à voile ou à moteur escorteront l’«Hermione» dans la baie de New York, pour la grande parade du 4 Juillet, jour de l’Indépendance, annonce déjà David Lincoln Ross, directeur éditorial des Friends of Hermione-Lafayette in America.

L’association organisatrice côté américain a aidé à lever un quart des 4,5 millions $ US (environ 5,5 millions $ CAN) du coût du voyage.

Côté français, les quelque quatre millions de visiteurs du chantier dans la ville-arsenal de Rochefort et les donateurs, petits ou grands, ont contribué pour environ 60 % du budget total de 25 millions d’euros (environ 33 millions $ CAN), les collectivités locales et divers mécènes ayant financé les 30 % restant.

Bénédict Conelly, président de l’Association Hermione-Lafayette, a fait jouer sans relâche ses réseaux pour trouver les financements durant 22 ans.

La nouvelle épopée de l’Hermione outre-Atlantique permettra à ce sexagénaire franco-américain de faire le chemin inverse de son père, qui débarqua sur les plages normandes en 1944.

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