L’opération Mr Big décortiquée

L'opération Mr Big décortiquée

Ciblé par une opération policière de type Mr Big, Alain Perreault a été plongé dans 41 scénarios mettant en vedette des agents d’infiltration qui prétendaient être membres d’une organisation criminelle. Cette mise en scène a mené l’accusé à «travailler» aux quatre coins de la province et à encaisser 14 000 $ avant de passer aux aveux.

Recherche de dynamite à Mont-Laurier, diamants cachés dans une bouteille de vin, importation d’armes à feu à la frontière américaine, création d’un alibi au casino de Montréal pour camoufler un homicide: Alain Perreault a accompli une panoplie de boulots pour le compte du groupe dont il croyait être membre, du 30 septembre 2009 au 13 janvier 2010.

C’est du moins ce qu’a exposé le 11e témoin de la Couronne lundi, au procès de celui qui est accusé d’avoir assassiné Lyne Massicotte. L’agent «couvreur» que nous appellerons Kevin pour protéger son identité a monté tous les scénarios visant à gagner la confiance d’Alain Perreault, afin de connaître son implication dans la disparition de la dame de Chambly.

Première rencontre

Après sept tentatives infructueuses, Alain Perreault a été pressenti pour la première fois le 30 septembre 2009 à proximité de son domicile de la rue Mont-Thabor par l’agent Steve, qui disait rechercher une voiture dans le secteur de Charlesbourg. En interrogatoire, Steve affirme avoir demandé au suspect s’il voulait l’aider.

Il lui explique qu’il travaille pour une entreprise qui récupère les véhicules des mauvais payeurs et qu’il doit rapporter une Mercedes dans un concessionnaire de Trois-Rivières. Perreault accepte et propose même de conduire le véhicule jusqu’à destination. Steve le remercie et lui remet au total 250 $.

Un lien se crée entre les deux hommes, Alain Perreault lui parle de sa fille et même de la police, «qui est sur son dos» depuis la disparition de Lyne Massicotte. Ils reprennent contact le lendemain et l’accusé lui offre de travailler pour lui. Steve accepte.

Illégalité

L’accusé gagne de 100 $ à 1000 $ du boulot et jouit d’avantages tels que des sorties au restaurant et aux danseuses. À la fin octobre 2009, Perreault est informé que les activités de la compagnie ne sont pas toutes légales. Selon Kevin, le sujet se montre à l’aise devant cette illégalité et prendra part aux événements subséquents, jusqu’à l’ultime scénario des aveux.

Évidemment, aucun «vrai» crime ne sera commis, ont précisé Kevin et Steve, confirmant que ces «artifices» étaient «simulés» par des agents doubles.

Qu’est-ce que l’opération Mr Big’

Mr Big est une technique d’enquête développée à la fin des années 80, début 90, dans l’Ouest canadien par la Gendarmerie royale du Canada.
Cette méthode qui s’applique lors de crimes majeurs non résolus tels des meurtres ou des agressions sexuelles graves est utilisée au Québec depuis un peu plus de 10 ans.
Un sujet adhère à une fausse organisation criminelle qui prône des valeurs d’honnêteté, de confiance et de loyauté.
Chaque opération compte un agent couvreur ici, Kevin qui élabore les scénarios, gère les agents doubles, s’occupe de la logistique et du matériel.
L’organisation compte aussi un agent «primaire», qui passe le plus de temps avec le suspect. Des agents secondaires dont Steve ont des rôles de soutien.
 Lors d’un scénario final, le sujet rencontre le grand patron toujours un agent double qui le questionnera sur son implication dans un crime donné.
D’autres agents d’infiltration endossent des rôles de figurants, de clients ou de fournisseurs.
Kevin a pris part à une dizaine d’opérations Mr Big entre 2007 et 2010. Sur le lot, deux ont mené à des disculpations. Steve a participé à plus de 70 opérations du genre depuis 2005.
Dans le cas d’Alain Perreault, c’est la police de Québec qui a fait appel à l’équipe d’infiltration chargée des opérations Mr Big, en 2009.

Exemples de scénarios de l’opération Mr Big visant Alain Perreault

Alain Perreault et un agent double vont à la rencontre d’une escorte qui aurait volé la propriétaire d’une agence avec qui l’organisation fait affaire. La prétendue voleuse est retrouvée dans un hôtel et l’agent fait semblant de la battre.
En vue d’une transaction, Alain Perreault doit compter 300 000 $ en argent comptant. Il fait le même exercice pour une somme de 50 000 $, plus tard. On lui explique qu’il s’agit de l’argent prévu pour «une grosse job» que le groupe prépare.
Alain Perreault s’est blessé lors d’un scénario en décembre 2009. Il devait récupérer des boîtes contenant des armes à feu dans le bois à la frontière américaine. Il s’est ouvert l’arcade sourcilière et a dû se rendre à l’hôpital.
Un agent double et l’accusé récupèrent un véhicule à Sherbrooke, qu’ils mènent jusqu’à Sainte-Foy. Ils prennent neuf cartes de crédit dans la voiture et se rendent dans un hôtel pour les remettre à un client, qui leur donnera 9000 $.
Un scénario destiné à Alain Perreault a dû être modifié alors que les médias traitaient d’une opération Mr Big. Comme il pouvait exister des similitudes entre l’actuelle opération et celle rapportée publiquement, Perreault a été envoyé dans un chalet sans électricité.
Le scénario final se déroule le 13 janvier 2010 dans la suite d’un hôtel, à Trois-Rivières. Après qu’Alain Perreault fut passé aux aveux, il est notamment parti avec l’agent d’infiltration Steve à Lévis pour retrouver le cadavre de Lyne Massicotte. En vain.

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