Mondiaux d’athlétisme, l’agence antidopage inquiète

Mondiaux d'athlétisme, l'agence antidopage inquiète

KUALA LUMPUR – Les nouveaux éléments dévoilés par la chaîne de télévision allemande ARD sur le dopage dans l’athlétisme, en Russie et au Kenya notamment, ont fait réagir l’Agence mondiale antidopage, qui a reconnu dimanche être «très inquiète», à trois semaines des Mondiaux de Pékin.

«Si tout cela est vrai, alors le problème est certainement plus important que ce que l’on avait jusqu’à présent pu admettre», avait déjà lâché Richard Pound, l’ancien président-fondateur de l’AMA, dans le documentaire diffusé samedi par ARD.

«L’AMA est très inquiète», a confirmé dimanche un communiqué de l’agence. Et son président, Craig Reedie, d’annoncer aussitôt, depuis Kuala Lumpur, où il est actuellement présent en tant que membre du Comité international olympique, que l’enquête déjà lancée sur l’athlétisme russe après de précédentes accusations d’ARD en décembre allait être «élargie».

Il est vrai que les nouveaux éléments apportés samedi par la chaîne allemande, conjointement avec le Sunday Times de Londres, ont de quoi donner le tournis: suspicions de dopage aux hormones de croissance visant la championne olympique du 800 m, Mariya Savinova, anabolisants chez une autre spécialiste russe du 800 m, Anastasia Bazdireva, ou encore injection de produits dopants «dangereux» filmées en caméra cachée au Kenya, un pays où la «volonté de dissimuler le dopage» serait présente «jusqu’au sommet de la fédération d’athlétisme».

«15 ans derrière le cyclisme»

Mais c’est surtout l’analyse par ARD et le Sunday Times d’une base de données de 12 000 échantillons sanguins détenue par la Fédération internationale de l’athlétisme (IAAF) qui donne le frisson: sur ces 5000 athlètes testés entre 2001 et 2012, 800 présenteraient ainsi des valeurs sanguines «suspectes ou hautement suspectes»; sur les 146 médaillés mondiaux ou olympiques de 2001 à 2012 sur les distances du 800 m au marathon, un tiers présenterait des valeurs suspectes.

«Concernant un certain podium, les trois médaillés étaient à mon sens des athlètes qui se sont très certainement dopés à un moment de leurs carrières», a ajouté Michael Ashenden, co-inventeur avec Robin Parisotto de la méthode de détection de l’EPO. Les deux chercheurs australiens, spécialistes mondiaux du dopage sanguin, ont validé les conclusions d’ARD et du Sunday Times.

Si l’AMA est «très inquiète» face à ces nouvelles accusations, l’IAAF, elle, a rejeté toute critique dans une réponse par communiqué à ARD, estimant que les seuls contrôles anti-dopage fiables sont ceux menés en accord avec le protocole très strict établi dans le cadre du passeport biologique: «Toute autre approche (…) n’est que de la spéculation.»

La proportion d’athlètes présentant des valeurs sanguines étonnantes serait pourtant supérieure à celle constatée chez les cyclistes, selon les chercheurs australiens. Dans l’athlétisme, «ils sont probablement 10 ou 15 ans derrière le cyclisme», a ainsi assuré Robin Parisotto à ARD. Selon Michael Ashenden, l’athlétisme serait «dans la même situation diabolique que le cyclisme il y a 20 ans».

Plus rapide propre que dopé

Sur le tartan, les performances récentes de certains athlètes ne peuvent en tous cas qu’interroger. Comme ce record du monde du 1500 m signé il y a quelques jours à Monaco par l’Éthiopienne Genzebe Dibaba, faisant tomber une performance établie il y a 22 ans par une des «soldates» de «l’armée de Ma» Junren, le sulfureux entraîneur chinois dont les disciples carburaient officiellement au sang de tortues…

Accusations de dopage visant l’Américain Alberto Salazar, l’entraîneur de Mo Farah, le Britannique double champion olympique et du monde des 5000 et 10 000 m, performance magique d’un Bosnien inconnu, Amel Tuka, qui améliore subitement son record personnel de 3 secondes 61 centièmes sur 800 m, suspension de deux ans pour dopage à l’EPO de la star kényane du marathon Rita Jeptoo: la suspicion règne.

Comme autour du 100 m, la distance reine de l’athlétisme, où Justin Gatlin, 33 ans, suspendu quatre ans pour prise de testostérone entre 2006 et 2010, n’a jamais couru aussi vite. Plus rapide (9 sec 74) qu’à l’époque où il se dopait (9 sec 77), l’Américain pourrait signer le doublé 100-200 dans le «nid d’oiseaux» de Pékin, fin août. Et faire tomber de son piédestal le roi Usain Bolt.

Le Jamaïcain, double champion olympique du 100 m et 200 m à Pékin (2008) et Londres (2012), ne figure pas parmi les 800 athlètes aux échantillons sanguins suspects, selon les analyses d’ARD et du Sunday Times, qui ne donnent l’identité d’aucun des coureurs douteux.

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