Neuf suicides en 25 ans dans sa famille autochtone

Neuf suicides en 25 ans dans sa famille autochtone

Une femme innue de la Côte-Nord a raconté que neuf membres de sa famille se sont enlevé la vie depuis 25 ans. Selon elle, certaines thérapies sont inefficaces, car elles sont mal adaptées aux réalités autochtones.

Annie Vollant a elle-même tenté de s’enlever la vie à trois reprises. Elle a trouvé la paix dans un centre de thérapie adapté aux Innus. Elle a témoigné mardi à l’enquête publique du coroner visant à faire la lumière sur cinq suicides survenus à Uashat Mak Mani-Utenam, sur la Côte-Nord, en 2015.

Son neveu, Charles-Junior Grégoire-Vollant, et sa belle-s’ur, Marie-Marthe Grégoire, étaient du nombre. «La dernière fois que je lui ai parlé, Charles m’a dit: « mon père est parti à 24 ans, donc moi aussi. J’ai 24 ans, tel père tel fils »», a confié Annie Vollant.

Peu de temps après leur discussion, son neveu s’est enlevé la vie dans la résidence familiale.

Elle affirme que le suicide est un fléau dans sa famille. En une vingtaine d’années, neuf de ses proches, des oncles, des neveux, des cousins et des frères, se sont enlevé la vie.

«Il y a eu beaucoup de transmission’ de suicide dans ma famille. C’est comme un pacte, c’est important de continuer de consulter pour stopper ça. Inconsciemment, il y a une influence sur les autres qui se fait, lorsqu’il y en a un qui a des idées suicidaires», a-t-elle dit.

Annie Vollant est sobre depuis maintenant 13 ans, parce qu’elle a réussi à trouver de l’aide qui lui convenait dans un centre adapté aux traditions innues.

«Avant que je trouve cet endroit, pour moi, les thérapies étaient comme une prison quand j’allais là. Ça fouillait dans mes sacs, ils regardaient si j’avais des affaires. Il fallait que je rentre à telle heure. Nous autres, nous ne sommes pas comme ça. C’est trop dur pour nous, ce genre de système», a-t-elle dit.

Elle croit que c’est intimidant pour les autochtones d’aller chercher de l’aide, surtout lorsqu’ils sont dans des situations de vulnérabilité, en raison de la consommation de drogues et d’alcool qui mine leur confiance en soi.

«Quand t’es vulnérable, tu as peur du système. Mon neveu avait peur des policiers, il se cachait toujours d’eux. Il avait peur du système, de l’hôpital, des psychiatres, pour lui, c’était comme quelque chose qui lui voulait du mal. Il ne le voyait pas comme il aurait dû», a dit Mme Vollant.

Sa réussite personnelle a donné un élan d’espoir à ses proches et elle espère que l’enquête publique fera de même.

«Il y a en a beaucoup après qui se sont relevés quand ils ont vu que j’ai changé et que je me suis prise en main. Beaucoup n’avaient pas confiance que j’allais m’en sortir. Le monde était rendu là, ma famille, mes enfants… Mais quand ils ont vu le changement, eux aussi se sont repris en main», a dit Mme Vollant.

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