Promesses de 5 M $ en redevances annuelles aux Mohawks et à Oka

Promesses de 5 M $ en redevances annuelles aux Mohawks et à Oka

Éco-Niobium se met en mode séduction pour relancer son projet de mine de niobium à Oka, d’une valeur de 135 millions $. 

TVA a appris que l’entreprise a promis des redevances à hauteur de 5 millions $ par année aux Mohawks et à la municipalité d’Oka pendant 20 ans. Ce qui vient s’ajouter à la promesse de créer 300 nouveaux emplois en région.

Le projet, mené par l’homme d’affaires Michel Gaucher, propose également de construire un aqueduc pour combler le manque d’eau que subiront divers secteurs agricoles et résidentiels à la suite des activités de la mine.

Quatre rencontres publiques à huis clos

Le 17 mars dernier, l’entreprise a entrepris une série de quatre rencontres publiques, à huis clos, pour présenter ses intentions aux citoyens d’Oka. La communauté de Kanesatake refuse de parler à Éco-Niobium avant la mi-mai, afin de mieux s’y préparer.

«Il y a moyen d’exploiter la mine différemment. Dans notre scénario, il n’y aura pas d’impacts sur l’agriculture, le tourisme et le paysage. Nous traiterons les concentrés prélevés ailleurs qu’à Oka, on en prend l’engagement», a déclaré Michel Gaucher, lors d’une présentation de son projet à la chaîne Argent de TVA.

Eau gratuite

En premier lieu, Éco-Niobium doit se débarrasser de 5000 mètres cubes d’eau par jour pour avoir accès aux galeries minières. Elle sait aussi que ses activités affecteront les puits artésiens de résidences du rang Sainte-Sophie et d’une partie du territoire ouest de Saint-Joseph-du-Lac.

L’entreprise prévoit donc installer une usine de traitement de l’eau avec une technologie d’ionisation, ce qui aurait, selon son président, l’avantage d’en retirer une partie substantielle des traces d’uranium qu’elle contient.  

Un aqueduc est sensé retourner l’eau là où le besoin se fera sentir, sur le rang Sainte-Sophie à Oka. Éco-Niobium nie que la pénurie puisse être plus étendue.

«Il y avait une forte exagération de la part de l’UPA et des citoyens sur les risques liés à l’eau», affirme Michel Gaucher. Nous, on le règle. On a un cadeau pour eux. On va traiter à un niveau qui techniquement sera de meilleure qualité. Ils auront une eau propre et pure. C’est un salut pour eux.»

Un investissement rentable ‘

Est-ce que 135 millions $ seront suffisants pour installer l’usine de filtration à ionisation, un aqueduc, un complexe serricole ainsi que les technologies d’extraction et de transformation minière ‘

Michel Gaucher détourne habilement la question.

«C’est évident qu’on va lever les fonds avant de démarrer. C’est un projet qui est très rentable. On a les outils, les relations pour intéresser les gens à investir dans ce projet», mentionne-t-il.

Le projet est planifié se développer sur une période de 20 ans et l’entreprise espère en exploiter d’autres gisements mal connus pour une période supplémentaire de 17 ans.

Si tout se passe comme souhaité, le chantier pourrait démarrer avant 2020, du moment que Niocan accepte de vendre ses droits miniers. C’est une autre inconnue qui devrait influencer le déploiement du projet.

Projet de mine de niobium à Oka : une forte opposition citoyenne

La relance du projet de mine de niobium par Éco-Niobium fait face à une importante opposition à Oka et à un solide scepticisme au sein de la population mohawk de Kanesatake.

La communauté autochtone a fait annuler une rencontre avec le promoteur afin de mieux s’y préparer avec l’aide d’un consultant. Mécontents que le grand chef Serge Simon ait entrepris des discussions avec le président d’Éco-niobium, Michel Gaucher, plusieurs citoyens l’ont sommé de ne rien signer quoi que ce soit.

« Je prends mes directives de la communauté », a admis M. Simon.

Du côté d’Oka, le comité de citoyens d’Oka, qui avait fait une obstruction efficace au projet de Niocan, a vite repris de la vigueur. Il vient de lancer une page Facebook.

« Qu’on cesse de nous harceler avec la mine. Ce projet n’a pas sa place dans la nature d’Oka. On ne peut pas prétendre à ses avantages alors qu’on sait qu’Éco-niobium c’est une réplique bonifiée de Niocan. On a affaire à un promoteur qui a beaucoup de moyens, mais on s’attend que nos élus fassent preuve de prudence et de transparence », a déclaré Lucie Massé, membre du comité de citoyens d’Oka.

Région agro-touristique

Le scepticisme est aussi bien présent chez les producteurs agricoles.

« On la connaît l’histoire de l’aqueduc, on aimerait mieux ne pas avoir à parler encore de cette mine », dit le propriétaire de la ferme maraîchère Végibec, Pascal Lecault, qui approvisionne d’importantes chaînes d’alimentation.  « La firme nous met tout cela bien beau, mais elle oublie que la réputation de qualité de nos légumes, ça n’a pas de prix. On va faire quoi si les supermarchés et les consommateurs en doutent’ »

La fédération régionale Outaouais-Laurentides de l’Union des producteurs agricoles entend protéger la vocation agrotouristique, qui fait vivre des dizaines d’entreprises de la région.

« On ne veut pas que les gens mettent notre réputation en doute. On doit préserver l’intégrité du territoire et défendre nos intérêts », explique Nicolas Villeneuve, vice-président du syndicat de base des Deux-Montagnes.

Le maire de Saint-Joseph-du-lac et président du développement économique de la MRC Deux-Montagnes, Benoît Proulx, ne cache pas non plus son inquiétude. D’autant plus que la partie ouest de sa municipalité pourrait être affectée par des pénuries d’eau.

« On essaie de voir la plus-value de cette mine, ce qu’elle nous apporterait de mieux », déclare-t-il. « Mais on va laisser les gens d’Oka se positionner dans ce dossier avant de se lancer en campagne. Chose certaine, nous considérons que nous devrions être partie prenante dans les discussions », complète-t-il.

Niocan furieuse

La firme Niocan, détentrice des droits miniers sur le secteur convoité par Éco-Niobium, accuse cette dernière de véhiculer des faussetés afin de tromper les citoyens. Niocan a écrit à la municipalité d’Oka et à Éco-Niobium pour les sommer d’annuler les séances d’information et de s’abstenir de promouvoir le nouveau projet.

« Niocan examine actuellement les droits et les recours dont elle dispose », ajoute dans un communiqué, le président du conseil d’administration, Hubert Marleau.

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