Qualité de l’air à Turcot, des taux anormaux qui inquiètent

Qualité de l'air à Turcot, des taux anormaux qui inquiètent

MONTRÉAL – Alors que le taux de particules fines autour de l’échangeur Turcot a été anormalement élevé à 10 reprises depuis le début de l’année, experts et élus réclament que les autorités rendent les résultats publics et en temps réel.

«C’est indécent, on devrait informer les populations dès qu’on obtient les résultats, et non avec plusieurs mois de retard. Ce délai n’est pas légitimement et éthiquement acceptable», lance Joseph Zayed, toxicologue à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en Sécurité du travail (IRSST).

Depuis janvier, le taux de particules fines a dépassé la norme fixée à 30 µg/m3 à 10 reprises, la grande majorité de ces dépassements ayant été enregistrés entre mai et juillet dernier.

Impossible de savoir la concentration exacte mesurée durant cette période, puisque ni la Ville, qui opère les quatre stations d’échantillonnage autour de Turcot, ni le ministère des Transports (MTQ) qui les collecte, ont transmis ces données.

«Une plate-forme informatique est actuellement en préparation […] d’ici sa mise en ligne, une section provisoire sur la qualité de l’air sera ajoutée au site internet Turcot», dit le cabinet du ministre Lessard, rappelant que les résultats des quatre premiers mois avaient été présentés lors des comités de bon voisinage cet été et sont disponibles en ligne.

Manque de transparence

Mais pour plusieurs, diffuser ces résultats plusieurs mois après leur mesure est un manque de transparence envers les résidents.

«On nous dit que c’est parce que les plates-formes informatiques de la Ville et du MTQ ne sont pas compatibles, explique Benoit Dorais, maire du Sud-Ouest qui demande depuis des mois à ce que les échantillonnages de la qualité de l’air soient publics en temps réel. C’est long et on espère que la vraie solution va arriver, car les gens sont inquiets.»

Selon Dr François Reeves, cardiologue au CHUM, communiquer ces données permettrait aussi de faire de la prévention afin que les résidents puissent «limiter l’activité physique, rester chez eux et prendre leurs inhalateurs régulièrement.»

Pour Daniel Green, de la Société pour vaincre la Pollution, le MTQ ne peut porter deux casquettes, «être le pollueur et celui qui contrôle l’information sur ces mesures».

Bientôt des rencontres

La Direction de santé publique (DSP) de Montréal n’a pas non plus souhaité commenter ces dépassements, des rencontres de bon voisinage ayant lieu les 12 et 27 septembre prochains.Craig Sauvé, conseiller de Saint-Henri-La Petite-Bourgogne-Pointe-Saint-Charles, qui avait directement interpellé la DSP la semaine dernière se réjouit qu’un «acteur impartial et indépendant» se penche enfin sur le dossier.

«Il faut une transparence et démontrer aux citoyens qu’ils n’ont rien à cacher, c’est la santé des gens qui est en cause», rappelle-t-il.

Soulignons enfin que le site de la Ville de Montréal qui présente en temps réel les résultats des 99 stations d’échantillonnage de l’île ne mentionne nulle part les résultats des stations de Turcot.Le MTQ et la Ville précisent que plusieurs mesures de mitigation sont mises en place pour réduire les inconvénients, telles que les stations de nettoyage, les balais mécaniques et les canons d’eau.

Les particules fines

– Diamètre inférieur à 2,5 micromètres (PM2,5);

– 30 g/m3 concentration établie comme norme par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC);

– Pénètrent dans les alvéoles des poumons et peuvent atteindre la circulation sanguine;

– Peuvent entraîner de l’asthme, des inflammations et provoquer «une rouille artérielle et boucher les artères», confirme le Dr Reeves;

– dans un contexte urbain, ces particules peuvent contenir du manganèse, des métaux, de l’arsenic, du plomb et du fer;

– Les impacts sur la santé fluctuent en fonction du taux de concentration et du temps d’exposition;

– Plus elles sont fines, plus elles restent longtemps en suspension dans l’air;

– Peuvent être lessivées par la pluie ou absorbées par des végétaux.

Une vie «devenue impossible»

Pour des résidents du Sud-Ouest pourtant habitués à leur voisin encombrant, la vie aux côtés de l’échangeur Turcot est devenue invivable.

«Je vois déjà des impacts sur ma santé à court terme donc je suis vraiment inquiète pour le long terme», lance Caroline Duval, qui réside le quartier depuis huit ans, et déplorant le manque d’informations des autorités.

Difficulté à respirer, inflammation des sinus, la femme de 39 ans multiplie les symptômes depuis avril. «Je suis même allée voir un allergologue pour savoir si je n’avais pas développé une allergie.»

Médicaments et purificateur d’air

Pour la soulager, son médecin lui a prescrit des pompes et médicaments. Elle s’est aussi procuré un purificateur d’air et fait fonctionner son air conditionné à plein régime.

«J’aime mon quartier, j’aime mon appartement, mais je pense déménager, car je ne pourrais pas tenir quatre ans comme ça». Elle a aussi fait plusieurs plaintes auprès de l’arrondissement, la Ville, la Régie et envoyé une mise en demeure au MTQ, demandant des dommages et intérêts. «Tout le monde se renvoie la balle», déplore-t-elle.

Déménager

Mario Andrews, lui, a déménagé en juillet dernier. «Mon conjoint a développé une toux sèche excessive et moi j’avais le nez tellement sec, que ça me brûlait. On ne pouvait plus ouvrir les fenêtres, c’était devenu impossible».

Lex Gill, étudiante de McGill, espère ne pas se rendre jusqu’au déménagement. «On aime tellement notre quartier, on a acheté des filtreurs d’air, mais il y a de la poussière partout», explique Mme Gill confirmant que ces travaux altèrent grandement sa qualité de vie. «On vit les fenêtres fermées et on ne profite plus de notre balcon.»

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MONTRÉAL – Alors que le taux de particules fines autour de l’échangeur Turcot a été anormalement élevé à 10 reprises depuis le début de l’année, experts et élus réclament que les autorités rendent les résultats publics et en temps réel.

«C’est indécent, on devrait informer les populations dès qu’on obtient les résultats, et non avec plusieurs mois de retard. Ce délai n’est pas légitimement et éthiquement acceptable», lance Joseph Zayed, toxicologue à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en Sécurité du travail (IRSST).

Depuis janvier, le taux de particules fines a dépassé la norme fixée à 30 µg/m3 à 10 reprises, la grande majorité de ces dépassements ayant été enregistrés entre mai et juillet dernier.

Impossible de savoir la concentration exacte mesurée durant cette période, puisque ni la Ville, qui opère les quatre stations d’échantillonnage autour de Turcot, ni le ministère des Transports (MTQ) qui les collecte, ont transmis ces données.

«Une plate-forme informatique est actuellement en préparation […] d’ici sa mise en ligne, une section provisoire sur la qualité de l’air sera ajoutée au site internet Turcot», dit le cabinet du ministre Lessard, rappelant que les résultats des quatre premiers mois avaient été présentés lors des comités de bon voisinage cet été et sont disponibles en ligne.

Manque de transparence

Mais pour plusieurs, diffuser ces résultats plusieurs mois après leur mesure est un manque de transparence envers les résidents.

«On nous dit que c’est parce que les plates-formes informatiques de la Ville et du MTQ ne sont pas compatibles, explique Benoit Dorais, maire du Sud-Ouest qui demande depuis des mois à ce que les échantillonnages de la qualité de l’air soient publics en temps réel. C’est long et on espère que la vraie solution va arriver, car les gens sont inquiets.»

Selon Dr François Reeves, cardiologue au CHUM, communiquer ces données permettrait aussi de faire de la prévention afin que les résidents puissent «limiter l’activité physique, rester chez eux et prendre leurs inhalateurs régulièrement.»

Pour Daniel Green, de la Société pour vaincre la Pollution, le MTQ ne peut porter deux casquettes, «être le pollueur et celui qui contrôle l’information sur ces mesures».

Bientôt des rencontres

La Direction de santé publique (DSP) de Montréal n’a pas non plus souhaité commenter ces dépassements, des rencontres de bon voisinage ayant lieu les 12 et 27 septembre prochains.Craig Sauvé, conseiller de Saint-Henri-La Petite-Bourgogne-Pointe-Saint-Charles, qui avait directement interpellé la DSP la semaine dernière se réjouit qu’un «acteur impartial et indépendant» se penche enfin sur le dossier.

«Il faut une transparence et démontrer aux citoyens qu’ils n’ont rien à cacher, c’est la santé des gens qui est en cause», rappelle-t-il.

Soulignons enfin que le site de la Ville de Montréal qui présente en temps réel les résultats des 99 stations d’échantillonnage de l’île ne mentionne nulle part les résultats des stations de Turcot.Le MTQ et la Ville précisent que plusieurs mesures de mitigation sont mises en place pour réduire les inconvénients, telles que les stations de nettoyage, les balais mécaniques et les canons d’eau.

Les particules fines

– Diamètre inférieur à 2,5 micromètres (PM2,5);

– 30 g/m3 concentration établie comme norme par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC);

– Pénètrent dans les alvéoles des poumons et peuvent atteindre la circulation sanguine;

– Peuvent entraîner de l’asthme, des inflammations et provoquer «une rouille artérielle et boucher les artères», confirme le Dr Reeves;

– dans un contexte urbain, ces particules peuvent contenir du manganèse, des métaux, de l’arsenic, du plomb et du fer;

– Les impacts sur la santé fluctuent en fonction du taux de concentration et du temps d’exposition;

– Plus elles sont fines, plus elles restent longtemps en suspension dans l’air;

– Peuvent être lessivées par la pluie ou absorbées par des végétaux.

Une vie «devenue impossible»

Pour des résidents du Sud-Ouest pourtant habitués à leur voisin encombrant, la vie aux côtés de l’échangeur Turcot est devenue invivable.

«Je vois déjà des impacts sur ma santé à court terme donc je suis vraiment inquiète pour le long terme», lance Caroline Duval, qui réside le quartier depuis huit ans, et déplorant le manque d’informations des autorités.

Difficulté à respirer, inflammation des sinus, la femme de 39 ans multiplie les symptômes depuis avril. «Je suis même allée voir un allergologue pour savoir si je n’avais pas développé une allergie.»

Médicaments et purificateur d’air

Pour la soulager, son médecin lui a prescrit des pompes et médicaments. Elle s’est aussi procuré un purificateur d’air et fait fonctionner son air conditionné à plein régime.

«J’aime mon quartier, j’aime mon appartement, mais je pense déménager, car je ne pourrais pas tenir quatre ans comme ça». Elle a aussi fait plusieurs plaintes auprès de l’arrondissement, la Ville, la Régie et envoyé une mise en demeure au MTQ, demandant des dommages et intérêts. «Tout le monde se renvoie la balle», déplore-t-elle.

Déménager

Mario Andrews, lui, a déménagé en juillet dernier. «Mon conjoint a développé une toux sèche excessive et moi j’avais le nez tellement sec, que ça me brûlait. On ne pouvait plus ouvrir les fenêtres, c’était devenu impossible».

Lex Gill, étudiante de McGill, espère ne pas se rendre jusqu’au déménagement. «On aime tellement notre quartier, on a acheté des filtreurs d’air, mais il y a de la poussière partout», explique Mme Gill confirmant que ces travaux altèrent grandement sa qualité de vie. «On vit les fenêtres fermées et on ne profite plus de notre balcon.»

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