Quatre suspects arrêtés en lien avec l’attentat d’Ankara

Quatre suspects arrêtés en lien avec l'attentat d'Ankara

La police turque a arrêté lundi plusieurs suspects au lendemain d’un attentat-suicide à la voiture piégée qui a fait au moins 37 morts à Ankara et porte, selon le gouvernement, la marque des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Quelques heures après cette attaque meurtrière, l’aviation a pilonné en représailles plusieurs bases du PKK dans les montagnes du nord de l’Irak, notamment autour de Kandil et de Gara, a annoncé l’état-major.

De quatre à six personnes ont également été interpellées dans la ville de Sanliurfa, dans le sud-est à majorité kurde du pays où a été acheté le véhicule piégé qui a explosé dimanche soir contre un autobus sur la très fréquentée place Kizilay.

Ce nouveau coup porté au coeur d’Ankara, le deuxième en moins d’un moins, met en difficulté le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, dont le parti a remporté les législatives du 1er novembre en promettant «l’éradication» de la rébellion kurde et en se posant en rempart contre le «chaos».

L’attentat commis dimanche soir n’a pas été revendiqué mais les autorités turques ont rapidement pointé du doigt la piste des «terroristes» kurdes.

«Nous pensons que l’un des responsables est une femme ayant des liens avec le PKK», a affirmé sous couvert de l’anonymat à l’AFP un responsable turc. Selon la presse turque, Seher Cagla Demir, 24 ans, étudiante à l’université de Balikesir (nord-ouest), a été identifiée grâce à ses empreintes digitales.

Les autorités suggèrent la présence à bord du véhicule d’un deuxième «kamikaze». Selon un nouveau bilan annoncé par le ministre de la Santé Mehmet Müezzinoglu, au moins 36 personnes ont été tuées et plus de 120 autres blessées.

Le 17 février, un attentat similaire avec un véhicule suicide piégé avait détruit à Ankara des bus transportant des personnels militaires, faisant 29 morts. Un groupe radical dissident du PKK, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), qui s’est illustré depuis dix ans en attaquant cibles civiles et sites touristiques, avait revendiqué l’opération et annoncé de nouvelles attaques.

Les dirigeants turcs avaient été très prompts à attribuer l’attentat du 17 février aux kurdes syriens des Unités de protection du peuple (YPG), avec le soutien du PKK. Ces deux mouvements avaient catégoriquement rejeté ces accusations.

Depuis l’été dernier, de violents combats ont repris entre les forces de sécurité et le PKK dans de nombreuses villes du sud-est du pays, peuplé en majorité de Kurdes. Ils ont fait de nombreuses morts dans les deux camps et tué des dizaines de civils.

Ces affrontements ont fait voler en éclats les pourparlers de paix engagés par le gouvernement turc avec le PKK à l’automne 2012.

«Le +soulèvement+ lancé par le PKK n’a pas marché. Même la population kurde s’est distanciée de ses opérations dans les villes du sud-est anatolien», a commenté à l’AFP Can Acun, de la Fondation turque pour les recherches politiques, économiques et sociales (Seta). «Frustré, le PKK semble avoir opté pour des actes retentissants».

Les funérailles des premières victimes se sont déroulées lundi à Ankara.

«Cela fait plus d’une semaine que les gens parlent du risque d’un nouvel attentat à la bombe et l’État ne prend aucune précaution», a déploré Nihat Görgülü, l’oncle d’une des victimes, «l’Etat se moque des citoyens».

L’ambassade des États-Unis en Turquie avait alerté vendredi ses ressortissants sur une «possible attaque terroriste» à Ankara visant «des bâtiments du gouvernement turc».

L’opposition turque a elle aussi clairement mis en cause la responsabilité de son gouvernement. «La Turquie n’est pas bien gouvernée», a déploré le chef du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), Kemal Kiliçdaroglu. «Nous ne méritons pas cette situation insupportable où les parents enterrent leurs enfants», a-t-il jugé.

En plus du conflit kurde, le pays a été frappé à quatre reprises depuis juin par une série d’attentats meurtriers attribués par les autorités au groupe État islamique (EI).

Le plus meurtrier d’entre eux, le 10 octobre à Ankara, avait été perpétré par deux kamikazes qui s’étaient fait exploser au milieu de manifestants de la cause kurde devant la gare centrale de la ville, faisant 103 morts.

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