Reprise de la guerre des expertises

Reprise de la guerre des expertises

La guerre des expertises a repris de plus belle à l’enquête sur remise en liberté de Jacques Delisle, alors que le balisticien de la Couronne a qualifié de «non fondées» les explications présentées précédemment pour suggérer le suicide de Nicole Rainville.

Vêtu d’un T-Shirt blanc porté sous une veste marine, Jacques Delisle, cheveux blancs coiffés vers l’arrière, a retrouvé le box des accusés au palais de justice de Québec, mardi matin. Après cinq semaines de suspension, l’audition de son enquête sur cautionnement s’est poursuivie avec la présentation de la preuve de la Couronne.

À la barre, le balisticien Guillaume Arnet du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale a entamé la lecture de son rapport de 48 pages, produit pour les fins de la cause.

«À la lecture des rapports d’experts consultés, il m’apparaît évident que plusieurs aspects critiques n’ont pas été couverts adéquatement et que les explications proposées pour suggérer l’auto-manipulation de l’arme à feu comme possible par Mme Rainville sont non fondées», a statué d’entrée de jeu l’expert.

Tir perpendiculaire

À la mi octobre, un expert ontarien témoignant pour le clan Delisle a affirmé que le tir ayant causé la mort de Nicole Rainville aurait été porté de façon perpendiculaire à la tempe gauche, se serait dirigé vers la droite où elle aurait ricoché. Le projectile aurait ensuite déboulé vers l’arrière de la tête. Cette théorie serait compatible avec un suicide.

Peu probable, plaide le balisticien Arnet qui, à l’aide de tests effectués sur des crânes synthétiques remplis de produits simulant des matières cervicales, a démontré qu’un tir perpendiculaire entrerait avec une telle force qu’il sortirait du crâne.

Dans ses essais, le projectile traverse «efficacement» les deux parois du faux crâne et le gel balistique, même si ces modèles sont plus volumineux que le crâne réel de Mme Rainville. Les tempes de ce crâne synthétique sont d’une épaisseur de 5 millimètres chacune, alors que celles de Nicole Rainville en avaient 3. Le modèle contenait 18 centimètres de gel balistique, alors que le cerveau de la défunte avait une épaisseur de 10 centimètres.

Expertises

Muni d’un arme sécurisée semblable à celle de la présente cause, Guillaume Arnet a passé en revue la forme de la plaie d’entrée, la déformation du projectile, le tatouage de noir de fumée retrouvé sur la main de la défunte ainsi que le mécanisme d’éjection de la douille, soulevant les «non sens» de plusieurs éléments mis en preuve par le clan Delisle à ces effets.

Rappelons que la Couronne soutient que le tir a été porté à angle et que le projectile s’est dirigé en ligne droite, de l’avant vers l’arrière, pour se loger derrière le crâne à la droite de ce dernier.

Le témoignage de Guillaume Arnet se poursuit cet après-midi.

Jacques Delisle dit avoir été condamné à tort en 2012 pour le meurtre prémédité de son épouse, survenu en 2009. Son enquête sur remise en liberté découle de la récente décision de la ministre fédérale de la justice d’enquêter sur ce possible cas d’erreur judiciaire, dans le cadre du processus de révision ministérielle entamé au printemps 2015.

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