Tout savoir sur Daesh

Tout savoir sur Daesh

Gagnant du prix Pulitzer en 2016 pour son essai percutant sur Daesh et l’État islamique, Sous le drapeau noir, le journaliste américain Joby Warrick s’est interrogé sur les objectifs de Daesh, sur les responsabilités des États occidentaux et fait un portrait saisissant de cette organisation.

Son ouvrage, élu Meilleur livre de l’année par le New York Times et le Washington Post, est considéré comme le livre le plus complet à ce jour sur le sujet. Le journaliste a utilisé des sources inédites au Moyen-Orient et interrogé des officiels de la CIA, des agents SEAL de l’armée américaine chargés de faire des raids, de terroristes, des figures religieuses et politiques pour montrer ce qui se cache sous le drapeau noir.

Il fait la genèse du mouvement né en 1999, après que le gouvernement de Jordanie eut accordé l’amnistie à un groupe de prisonniers politiques. Parmi eux se trouvait Abou Moussab Al-Zarqaoui, un des maîtres à penser du terrorisme islamiste. Même après sa disparition en 2006, le mouvement a continué de croître et de semer la terreur dans le monde entier.

200 sources différentes

Les descriptions qu’il fournit donnent froid dans le dos et on comprend très vite qu’on a affaire à des individus sans scrupules, aveuglés par des idées destructrices. Joby Warrick s’est appuyé sur plus de 200 sources différentes pour écrire son livre.

Que pense-t-il de la radicalisation’ «Il y a quelque chose qui est porteur d’espérance en ce moment pour faire changement. C’est que Daesh commence à être démantelé dans son pays d’origine. C’est une attaque puissante contre la radicalisation parce que ça mine l’organisation», explique-t-il en entrevue.

«Les gens qui sortent des villes contrôlées par Daesh ont été témoins de meurtres de masse, de comportements qui sont tellement contre l’Islam que ceux qui avaient pensé rejoindre l’organisation en croyant supporter une cause juste, pour défendre l’Islam contre des tyrans, perdent leurs illusions. C’est peut-être le meilleur message anti-Daesh qu’on peut avoir.»

« Humanité touchée »

Joby Warrick s’inquiète pour la jeune génération qui a été témoin des atrocités. «Une jeune génération a été exposée à des traumas et ces enfants auront sérieusement besoin d’aide. S’ils ne la reçoivent pas, ils pourront avoir des problèmes sérieux qui vont nous affecter dans un futur proche.»

Que peuvent faire les citoyens occidentaux face à tout cela’ «Une des raisons qui fait que les gens sont tellement choqués, c’est que nous sommes témoins de scènes brutales qui sont difficiles à intégrer, comme êtres humains. Je me suis immergé dans toute cette propagande pendant des mois, pour écrire sur le sujet, et après un moment, on en voit tellement qu’on devient engourdi. Notre humanité est profondément touchée et déprimée par le fait que d’autres êtres humains puissent commettre de telles atrocités.»

«Un des défis que je devais relever, en écrivant le livre, est de transmettre le message que ces personnes, aussi monstrueuses qu’elles soient, sont des êtres humains. Il faut entrer dans leur tête pour comprendre pourquoi ils agissent de la sorte et ainsi empêcher d’autres personnes d’agir de même. C’était une immersion dans la psychologie d’un terroriste comme Al-Zarqaoui. Et après un moment, on commence à comprendre d’où il vient, et le parcours tordu qui l’a conduit à devenir un monstre. C’était un travail aussi fascinant qu’apeurant.»

Joby Warrick ajoute que, comme citoyens, il faut être prudents. «Nous devons faire preuve de vigilance par rapport à ce groupe terroriste, mais nous ne devons pas être paralysés par la peur. Quand nous avons peur, nous prenons parfois des décisions qui sont à l’opposé des véritables solutions.»

» Joby Warrick est journaliste au Washington Post et a mérité deux fois le prix Pulitzer.

Extrait

«C’est le 5 février 2003 que le monde fit la connaissance d’Abou Moussab Al-Zarqaoui. Plus exactement à la soixante et unième minute du discours prononcé par Colin Powell devant le Conseil de sécurité des Nations unies pour défendre le principe d’une guerre contre l’Irak. Tout commença par une déclaration qui, comme tant d’autres dans cette allocution de soixante-quinze minutes, était tout à la fois techniquement vraie et en grande partie inexacte. «L’Irak héberge aujourd’hui un réseau de dangereux terroristes dirigé par Abou Moussab Al-Zarqaoui, associé et collaborateur d’Oussama ben Laden et de ses lieutenants d’Al-Qaïda», commença Powell juste avant que le visage barbu de Zarqaoui n’apparaisse sur un écran géant, derrière la table ronde du Conseil.»

Joby Warrick, Sous le drapeau noir

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