Un échec des services de santé et des policiers

Un échec des services de santé et des policiers

GRANBY | Le meurtre qui s’est produit deux jours après qu’un homme psychotique eut obtenu son congé de l’hôpital est l’échec des services de santé et des policiers, selon des spécialistes consultés par Le Journal.

Dans les jours et les heures précédant le meurtre, un ami de la victime, Alexandre Trépanier, a tenté à de multiples reprises d’informer les autorités du danger que représentait Alex Lacasse-Daudelin, aujourd’hui accusé du meurtre non prémédité de sa colocataire, Caroline Choinière.

Il a contacté le département de psychiatrie de l’hôpital de Granby, l’organisme SIM qui s’occupait du suivi de M. Lacasse-Daudelin et appelé deux fois les policiers le jour du meurtre. Personne n’a su éviter le drame.

Trois jours avant le meurtre, les policiers auraient emmené M. Lacasse-Daudelin à l’hôpital, mais il a été renvoyé chez lui 24 heures plus tard puisque la loi empêche de garder quelqu’un en psychiatrie contre son gré, à moins qu’il ne constitue un danger immédiat.

«Ce qu’il a fait, c’est un cri du c’ur. Il était dans sa maison et criait: Venez m’arrêter! Il va se passer des affaires!’ La deuxième fois que les policiers sont venus le jour du drame, ils lui ont dit de cesser de faire du bruit sinon il aurait un ticket», soutient M. Trépanier.

Pour Beverly Hanck, directrice générale de l’organisme Les amis de la santé mentale, il ne fait aucun doute que la responsabilité de cet acte est partagée entre le travail des policiers et des services de santé. Plusieurs faits du récit relaté par Alexandre Trépanier l’étonnent.

«Je ne comprends pas que deux personnes avec une problématique de santé mentale puissent habiter ensemble. Mais si une organisation s’occupe d’eux et qu’elle ne veut rien savoir quand quelqu’un les appelle pour dire qu’il y a des problèmes, je ne comprends pas!»

Pour qu’une personne puisse être admise à l’hôpital à long terme, un ordre de la cour doit être donné. Pour plusieurs proches, le système judiciaire est tout simplement trop lourd.

«Ça demande beaucoup d’énergie pour faire tout ce processus. La personne doit remplir des formulaires et doit se rendre en cour pour parler avec le juge. Certains ont aussi peur parce que si l’hôpital ne garde pas la personne, elle retourne chez elle», ajoute la psychologue de l’organisme, Sheryl Bruce.

Francine Dubé, directrice générale de la Société québécoise de la schizophrénie, estime qu’une révision de la loi est nécessaire afin de porter une meilleure aide aux personnes qui souffrent de troubles psychotiques majeurs.

Selon elle, le Québec est orienté vers le respect des droits de la personne, mais ces droits ne seraient pas bafoués si l’on gardait les psychotiques à l’hôpital puisqu’ils ne sont pas en mesure d’avoir un jugement éclairé.

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