Un obèse morbide de 644 lb en deuil de la nourriture

Un obèse morbide de 644 lb en deuil de la nourriture

Un Lavallois de 44 ans qui a fait osciller la balance à 644 lb l’an dernier s’est récemment résigné à subir une chirurgie bariatrique, la seule option pour lui sauver la vie. Drogué à la nourriture, l’homme  veut perdre 370 lb. 

«C’est comme une peine d’amour, un deuil, avoue Martin Lavoie. Manger, c’est comme une blonde pour moi. Je perds une énorme partie de ma vie en faisant ça.» 

« Comme un cancer »

Martin Lavoie est obèse morbide depuis très longtemps. En mars 2015, il a atteint son poids le plus lourd: 644 lb. 

«Je n’ai pas pu me peser pendant 10 ans, la balance s’arrêtait à 450 lb!» raconte-t-il.

Questionné sur ce qui l’a mené jusque là, il avoue être drogué à la nourriture. 

«Je n’ai pas de problème de glandes, je mange. C’est simplement ça», dit-il.

Facteur de métier, l’homme avoue qu’il serait même encore plus gros s’il n’avait pas eu cet emploi. 

À un tel poids, les médecins l’ont bien averti qu’il ne pourrait pas vivre vieux et qu’il devait changer carrément ses habitudes de vie. 

«C’est une bombe à retardement, comme un cancer, compare l’homme. Si je reste comme ça, je vais mourir, c’est sûr.» 

En fait, les premières démarches de M. Lavoie pour la chirurgie bariatrique remontent à 2007. Mais, chaque fois que l’opération approchait, il reculait. 

«En 2011, ils m’ont mis hors de la liste d’attente. Je les ai suppliés de me reprendre», se rappelle-t-il. 

Il hésitait encore

Résigné à passer sous le bistouri, M. Lavoie a réussi à perdre 105 lb par lui-même depuis un an. Le 4 mars dernier, celui qui pesait 539 lb a enfin subi l’opération à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. La gastrectomie, qui visait à lui enlever 80 % de son estomac, s’est bien déroulée. 

«La chirurgie me faisait tellement peur! Et il y avait des risques de complications, dit-il. C’est vraiment un exploit pour moi. Les gens ne croyaient pas que je le ferais pour vrai.»

«Mais, j’aurais dû le faire bien avant», avoue l’homme qui fait de l’apnée du sommeil. Toutefois, il n’a plus de diabète depuis peu. 

 À sa première rencontre avec Le Journal en novembre dernier, M. Lavoie a avoué qu’il n’aurait pas subi l’intervention chirurgicale s’il n’avait pas eu sa conjointe et trois enfants. 

«Je pense honnêtement que je me laisserais mourir. J’aimerais mieux continuer à manger et je mourrais à 47 ans, 50 ou 52 ans», confiait-il. 

«Il faut qu’il maigrisse, sinon il va mourir, insiste sa conjointe, Karine Bisson. J’ai braillé souvent.» 

« Ça ne rentre plus » 

Depuis deux semaines, le Lavallois a du mal à manger une rôtie et il découvre le sentiment de satiété. 

«Avant, je pouvais manger un demi-pain. Quand je vivais une frustration, je mangeais. Et ça partait en fumée. Mais là, ça ne rentre plus. Je m’habitue à faire autre chose.» 

Malgré tout, M. Lavoie garde le moral et jure qu’il atteindra son objectif final de 275 lb, soit une perte de 370 lb. 

«C’est loin d’être gagné, dit-il. Mais, je n’ai pas fait tout ça pour rien.» 

Comment atteindre 644 lb

Malgré les régimes et les avertissements de médecins, Martin Lavoie n’a jamais pu s’empêcher de manger. 

«C’est un problème de nourriture incroyable. C’est comme une drogue, avoue-t-il. Ceux qui se piquent à l’héroïne, ça doit être la même affaire. Le soir, je paniquais. Mes pieds tapaient à terre et j’étais en manque total.»

Défi Subway

En 2001, Martin Lavoie a fait le régime du défi Subway, qui consistait à manger deux repas par jour de ce restaurant. 

En cinq mois, il avait perdu 170 lb (de 549 lb à 379 lb). 

«Mais j’ai lâché avant la fin de mon objectif de 275 lb. La fois suivante que je me suis pesé, 12 ans plus tard, j’étais rendu à 609 lb.» 

« Invincible »

L’homme a commencé à prendre du poids à l’âge de 12 ans. Dans la vingtaine, il a presque doublé son poids. 

À l’âge de 30 ans, il pesait 550 lb. 

«Quand j’avais 30 ans, on m’a dit que je ne verrais jamais la quarantaine. Je suis rendu à 44 ans.» 

«Je me pense invincible, vraiment. Parce qu’il ne m’arrive jamais rien. Il y a un an, je n’avais aucun problème de santé, à part de la haute pression», raconte-t-il.

Quelques chiffres lorsqu’il pesait 644 lb

Indice de masse corporelle: 88 (obésité morbide: 40 et plus)

IMC poids santé: 18,5 à 25

Deux fois du McDo chaque jour *

 Déjeuner : quatre rôties avec du beurre d’arachide. «Le beurre de peanut, c’est comme une maîtresse.»

En route vers le bureau de poste; il s’arrête au McDonald’s et prend un déjeuner.

 Arrivée au bureau, tri du courrier.

 8 h: départ sur la route. S’il ne s’est pas arrêté au McDo le matin, il y va.

 Durant la ronde : arrêt au dépanneur, il mange un sac de chips familial.

 11 h : fin de la journée au bureau: s’arrête au McDo. Commande 2 cheeseburgers, 1 frite et 1 boisson.

«Il y a trois fenêtres d’ouvertes pour aller au McDo et je m’y arrêtais deux fois», dit-il.

 Retour à la maison : «Ma femme ne sait pas que je me suis arrêté au McDo; elle m’a fait à dîner. Je mange.»

 Après-midi : «C’est calme parce que j’ai déjà pris deux déjeuners et deux dîners.»

 16 h : fringale. Mange un sac de craquelins, ou du fromage. «Le frigo est toujours là.» Mais, il avoue qu’il se contrôle davantage devant sa femme.

 Souper: deux assiettes, dont la deuxième plus petite. Petit dessert, «mais c’est rare, je n’en mange pas vraiment.»

 Soirée : Yogourt, salade de fruits. « Dès que ma femme sort promener le chien, je vais au frigo. Je vais manger 2-3 tranches de fromage et de viande froide, parce que ça se prend vite!»

* Son menu avant la chirurgie

Du positif : plus de sexe

Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier

Malgré son poids, Martin Lavoie est facteur, un métier qui lui a sauvé la vie. «Sans cet emploi-là, je serais mort. Je pèserais probablement 200’ou 300 livres de plus. Bien qu’il se promène en camionnette, il doit sortir du véhicule pour livrer entre 10 et 30 colis chaque jour. «C’est plus difficile quand je dois marcher jusqu’aux maisons», dit-il.

Ce qui encourage Martin Lavoie à perdre du poids:

Le sexe: «Maigrir va me permettre d’en avoir plus. On s’accroche à ce qu’on peut!»

Porter de beaux vêtements.

Marcher dans le Vieux-Montréal: «Présentement, même si je me poussais dans mes limites, je ne pourrais pas.»

Pas facile la vie d’un « gros »

Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier

Douche: il ne peut pas y entrer complètement et il doit garder un pied à l’extérieur. Il utilise aussi une brosse pour se laver le dos, parce qu’il ne peut pas le faire seul.

En plus des problèmes de santé, il vit au quotidien avec des limitations dans plusieurs sphères de sa vie.

Par exemple, l’homme ne peut pas aller dans n’importe quel restaurant, surtout lorsqu’il y a des banquettes. Les sorties au cinéma sont aussi désagréables.

«J’ai les deux cuisses mauves quand je me relève», dit-il.

Pour son lit: des planches de bois ont été ajoutées pour renforcer la solidité. Mais, le matelas était défoncé après deux ans.

Il a aussi de la difficulté à monter les marches d’escalier, à entrer dans les voitures et il ne peut pas déneiger son entrée de cour.

« Chaque minute de la journée, il y a quelque chose qui serait mieux si je n’étais pas gros. Chaque mouvement que je fais, chaque respiration, c’est compliqué parce que je suis gros. »

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