Un roman d’Yves Navarre publié plus de 20 ans après sa mort

Un roman d'Yves Navarre publié plus de 20 ans après sa mort

Pour dans peu, un roman inédit du Prix Goncourt 1980 Yves Navarre est présenté jeudi à Montpellier en marge d’un colloque international sur ce romancier et dramaturge français qui s’est suicidé en 1994.  

«Qu’un inédit d’une telle qualité ait pu être publié quelque 20 ans après la disparition de l’auteur est exceptionnel», souligne Sylvie Lannegrand, spécialiste de l’écrivain, qui participe au colloque se tenant jeudi et vendredi à Montpellier. Elle voit en Navarre «une plume alerte et précise» qui «interpelle les consciences». 

Rédigé par Navarre en 1991 à son retour du Québec, Pour dans peu a pour personnage central Paul Welt, médecin généraliste chargé de rédiger un rapport ministériel sur les conditions sanitaires dans les prisons. Sa visite d’un quartier pour adolescents va le hanter et entrer en résonance avec son passé, les bouleversements de sa vie personnelle et son incompréhension quant à la marche du monde. 

L’échec, la déshumanisation, le sentiment de vivre dans une époque sans avenir et le thème du suicide sont au c’ur du roman et de l »uvre de Navarre. Mais ce livre inédit n’est pas dénuée de lueurs d’espoir, de traits d’humour et de provocation et offre une critique acerbe très actuelle de la société, des gouvernants ou des politiques carcérales.  

Pour dans peu est publié par la maison d’édition montpelliéraine H&O, spécialisée dans la littérature gay et qui a réédité l »uvre de Navarre. Ce dernier se définissait comme «avant tout un écrivain», déplorant qu’on l’ait «étiqueté écrivain homosexuel». 

Né en 1940 dans le Gers, Yves Navarre, très marqué par sa «sensualité particulière» et le rejet qu’elle provoqua dans sa famille bourgeoise, écrit dès l’adolescence, essuyant de nombreux refus d’éditeurs. 

Concepteur-rédacteur dans la publicité, il a publié à partir de 1971 une trentaine de romans dont Le Jardin d’Acclimatation, terrible chronique inspirée du rejet familial qui lui valut le Prix Goncourt. Mais aussi Lady Black (1971), dans lequel il évoque le travestissement et l’amour entre deux hommes, ou les Loukoums (1973), troublante préfiguration des années sida, un thème repris en 1991 dans Ce sont amis que vent emporte, dans lequel Roch voit mourir celui qu’il aime.

Navarre, qui s’estimait incompris en littérature comme dans la vie, est également l’auteur de nombreuses pièces de théâtre, qui continuent à être jouées, dont Il pleut, si on tuait papa maman ou Les dernières clientes.

Celui qui se définissait comme un «condamné à vivre» s’est suicidé le 24 janvier 1994 à Paris. 

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