Une mère jugée pour avoir étranglé huit de ses bébés

Une mère jugée pour avoir étranglé huit de ses bébés

Baptiste Becquart
25-06-2015 | 04h37

Dernière mise à jour: 25-06-2015 | 07h55

DOUAI – Le procès d’une des plus graves affaires d’infanticide jamais jugée en France s’est ouvert jeudi, avec pour lourde tâche de saisir comment une mère a pu assassiner huits nouveaux-nés et cacher pendant plus de 20 ans son terrible secret.

Dominique Cottrez, une ancienne aide-soignante de 51 ans, s’est présentée en pleurs devant la cour d’assises de Douai (nord), qui doit la juger pendant une semaine.

À partir de 1989, cette femme qui souffre d’obésité depuis sa jeunesse, a dissimulé ses grossesses, accouché seule, immédiatement étranglé les nourrissons et conservé les corps près d’elle, sans que sa famille ne se doute de rien.

«Chaque fois, j’espérais que le bon Dieu fasse quelque chose, un miracle. Que quelqu’un me dise « tiens, tu es enceinte ». Peut-être que j’aurais parlé, que ça m’aurait fait un déclic et qu’on m’aurait soignée», confiait-elle en janvier à la presse locale.

Le «déclic» a fini par survenir de l’extérieur. Le 24 juillet 2010, alors qu’il creuse pour installer un bassin dans son jardin, le nouveau propriétaire de la maison d’enfance de Dominique Cottrez découvre deux cadavres de nourrissons en état de putréfaction dans des sacs plastiques.

Les enquêteurs soupçonnent l’aide-soignante, qui avoue alors avoir stocké chez elle d’autres corps de bébés étranglés à la naissance, sans pouvoir dire combien. Six seront retrouvés.

Son époux, ainsi que ses deux filles, pouvaient-ils ignorer ces nourrissons, entreposés tour à tour dans le panier à linge, les placards et le garage de la maison familiale’ La question a été l’un des grands volets de l’instruction avant que celle-ci ne conclue au non-lieu les concernant.

Au cours des auditions, Dominique Cottrez a invoqué la crainte que les bébés soient de son propre père, avec qui elle aurait entretenu une relation incestueuse depuis l’enfance jusqu’à la mort de ce dernier en 2007.

«Elle était prisonnière d’une spirale psychique. Pour elle, ses enfants n’avaient aucune identité, ils n’étaient que le fait du rapport incestueux avec le père», a déclaré son avocat, Franck Berton, à son arrivée jeudi au Palais de justice.

Les expertises ont toutefois révélé que les enfants décédés étaient tous de son époux.

Des infanticides «presque ritualisés»

«Elle mettait au monde non pas des bébés mais des bouts d’elle-même, dont toutefois elle ne pouvait se séparer», ajoute un autre de ses avocats, Me Marie-Hélène Carlier, en rappelant qu’elle avait conservé certains des cadavres dans sa chambre à coucher. 

L’avocate compte plaider la «dénégation de grossesse».

«Qu’on ne parle pas de déni de grossesse», rétorque Me Yves Crespin, avocat de l’association L’Enfant bleu – Enfance maltraitée. Pour lui, «c’est un déni d’enfant: Mme Cottrez a utilisé l’assassinat comme moyen de contraception». 

Le passage à la barre des experts, qui ont divergé sur le thème pendant l’instruction, devrait être un moment clé du procès.

Sera aussi questionnée la personnalité immature et complexée de l’accusée, selon une expertise. 

«Juger c’est comprendre et on ne peut pas considérer que Dominique Cottrez est un monstre simplement parce qu’elle a procédé a huit infanticides. Cette femme est une mère magnifique pour ses filles et une grand-mère exceptionnelle», estime Franck Berton.

«Je me réjouis de la tenue de ce procès, mais il ne faut pas compter sur lui pour comprendre comment fonctionnent les mères meurtrières», conteste Me Rodolphe Costantino, avocat de l’association «Enfance et partage».

Pour lui, il s’agit au final d’éviter «deux écueils» face à ces infanticides «presque ritualisés»: «le sentiment de révolte absolue disant « si les mères tuent leurs propres enfants comme des animaux, c’est la fin de l’humanité »; et le mouvement compassionnel disant: « il faut être tellement en souffrance pour en arriver là »».

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