Une véritable nuit d’horreur pour la famille Wanas

Une véritable nuit d'horreur pour la famille Wanas

Les Wanas, famille de réfugiés irakiens résidant à 400 mètres de la grande mosquée de Québec, ont vécu une nuit d’horreur dimanche.

Convaincu qu’une horde d’assassins planifiait de tuer tous les musulmans de Sainte-Foy, Rashad, le père de famille, s’est longuement barricadé dans une chambre avec ses trois enfants et ses cinq neveux et nièces. En parallèle, la famille a immédiatement éteint toutes les lumières de la maison et est restée dans l’obscurité pour empêcher des tireurs imaginaires de les prendre pour cible.

«Pendant une trentaine de minutes, j’ai vécu une sorte de blackout. Physiquement, j’étais à Québec, mais dans ma tête je me trouvais à Bagdad et j’étais en 2003», a ajouté Rashad, peintre en bâtiment de 38 ans, arrivé ici en 2011.

Dimanche soir, alors que l’effroyable tuerie se déroulait à proximité, les douloureux souvenirs de son ancienne vie en Irak sont rapidement remontés à la surface. Durant cette période explosive, il avait miraculeusement échappé à une mort quasi certaine à quatre reprises.

«Le schéma classique en Irak est le suivant: quelqu’un tire des coups de feu, les gens accourent pour savoir ce qui se passe et le terroriste se fait exploser au milieu de la foule. J’étais convaincu que c’est ce qui était en train de se produire à Québec dimanche», a-t-il relaté, encore sous le choc.

Photo Stevens LeBlanc

Rashad Wanas en compagnie de son plus jeune garçon, Safa, 4 ans. La soirée de dimanche restera gravée dans la mémoire de cette famille. 

Panique contagieuse

C’est finalement son épouse qui le sortira de son état second. «J’avais tellement peur. Je ne suis pas fier de moi, car j’ai transmis ma panique aux enfants. Ma femme a été beaucoup plus forte que moi», a-t-il admis.

Les informations en provenance de l’extérieur ne sont pas rassurantes. On commence à parler de morts. Dans une vidéo publiée sur Facebook, Rashad Wanas croit voir son bon ami, l’épicier Azzedine Soufiane. Il saura quelques heures plus tard qu’Azzedine a été lâchement assassiné en tentant de désarmer le tireur.

Même si la police a rapidement indiqué que la situation était maîtrisée, Rashad n’est toujours pas rassuré le lundi matin. Il tente de convaincre sa femme de ne pas se rendre à la garderie où elle travaille. Comme elle refuse, il lui propose ce compromis: mettre une tuque à la place de son voile pour ne pas être prise pour cible par d’éventuels tueurs embusqués.

Message d’espoir

Malgré la peur vécue et la perte d’un ami, Rashad préfère retenir «le message d’espoir» venu du rassemblement de lundi soir de milliers de personnes, de toutes origines, non loin de la mosquée. «Je ne comprenais pas tout. Ma fille m’a traduit ce que les premiers ministres Trudeau et Couillard ont dit. Ils ont eu une belle réaction, a-t-il insisté. En 24 heures, la population a donné la bonne réplique.»

Disant aimer la ville où il a trouvé refuge, Rashad Wanas jure n’avoir aucune intention de quitter Québec.

Ils ont vécu l’enfer

19 h 35 – Il rentre chez lui après une course au dépanneur. Il passe devant la grande mosquée où il ne remarque rien. La tuerie n’a pas encore débuté.

20 h 15 – Un coup de fil lui apprend qu’une attaque vient de se produire à la mosquée.

20 h 15 à 20 h 45 – Panique totale. Rashad se barricade avec les enfants dans une chambre. Il leur ordonne de se taire pour ne pas attirer l’attention d’éventuels tueurs. Les larmes coulent en silence.

21 h – Son premier réflexe est d’appeler son patron pour lui dire qu’il ne prendra pas le bus le lendemain matin pour se rendre à Montréal où il travaille.

Le reste de la soirée et de la nuit – Les lumières sont éteintes dans la maison. Seul un ordinateur est allumé pour guetter les nouvelles sur Facebook. La nuit sera longue et les nouvelles seront mauvaises. La tristesse se mêle à la panique en ce triste 29 janvier 2017.

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