[VIDÉO] Un étudiant écorche la haute direction de l’UL lors d’une collation des grades

[VIDÉO] Un étudiant écorche la haute direction de l'UL lors d'une collation des grades

La collation des grades qui avait lieu dimanche à l’Université Laval a été perturbée par le discours de Raphaël Létourneau, porteur de masse de la Faculté des sciences sociales qui s’est montré inquiet face à «l’orientation que prend actuellement l’éducation au Québec».

Le finissant en sociologie ne s’est pas gêné pour critiquer les généreux bonis qu’empochent les directeurs alors que la qualité de l’enseignement et les services aux étudiants sont amputés par «les mesures d’austérité» qui «amènent des réductions budgétaires majeures sur les établissements d’enseignement».

L’allocution de Raphaël Létourneau s’est conclut par une pluie d’applaudissement. Certains étudiants se sont levés de leur siège pour l’acclamer, devant le recteur Denis Brière qui est demeuré muet.

Selon Le Soleil, le recteur aurait ensuite refusé de prendre la photo pourtant prévue au protocole et aurait demandé à voir le discours de M. Létourneau.

Voici son message intégral

« Bonjour à toutes et tous,

Avant tout, je tiens à féliciter mes collègues qui ont reçu leur diplôme aujourd’hui. C’est un moment bien spécial pour chacun et chacune d’entres nous, alors que culminent ici des parcours parfois sinueux, mais surtout nourris d’apprentissages et d’expériences enrichissantes. Pour plusieurs, ce sont des projets et des objectifs depuis longtemps fixés qui arrivent à terme après d’innombrables heures de travail. Les émotions fortes ont souvent été au rendez-vous, par les réussites et les échecs, mais aussi par les prises de conscience produites par nos apprentissages. Soulignons aussi les rapports privilégiés que nous avons développés avec nos professeurs. Je les remercie tout spécialement pour le rôle primordial qu’ils ont tenu pour la diffusion du savoir.

Aujourd’hui, c’est une page qui se tourne pour chacun et chacune d’entres nous, mais il ne faut pas oublier que la suite doit aussi être une contribution pertinente à notre société. Avant d’être un investissement personnel, l’éducation est un investissement collectif. C’est pourquoi, je crois fondamentalement que le savoir n’a de valeur que lorsqu’il est mis à la contribution de la communauté et non au détriment de celle-ci. Nous sommes privilégiés d’être ici aujourd’hui et le savoir est un pouvoir qui ne devrait pas servir les intérêts particuliers ou reproduire les inégalités sociales. N’oublions pas l’esprit critique développé lors de nos études, il doit continuer à teinter nos décisions et nos engagements futurs. Agissons comme des acteurs qui ont pour rôle de bâtir et de transformer notre société.

Malgré cet idéal, je ne vous cacherai pas ma peur concernant l’orientation que prend actuellement l’éducation au Québec. Les mesures d’austérité amènent des réductions budgétaires majeures sur les établissements d’enseignement et l’Université Laval n’est pas épargnée. L’équilibre budgétaire est atteint en coupant les services aux étudiants et étudiantes et en minant la qualité de l’enseignement. Mais le comble c’est que le discours alarmiste sur le manque de financement n’épargne personne sauf les hauts dirigeants de l’Université qui se votent des salaires, des primes et des bonifications d’après-mandat toujours plus élevés : 1,4 million de bonis d’après-mandats en 2015 seulement. Pendant ce temps, on subit des coupures à la bibliothèque, une réduction des horaires pour différents services et une réduction des charges de cours. Le portrait est encore plus sombre pour les sciences sociales qui ont subi des coupures plus importantes, et ce, pour des questions de rentabilité. On favorise plutôt les disciplines qui attirent des investisseurs privés au détriment de l’autonomie de la recherche universitaire. La qualité de l’enseignement écope, mais nous avons maintenant un campus fraichement embelli qui attirera d’autre étudiants-es qui auront le privilège de payer les retraites de notre administration.

Cessons les calculs purement comptables, cessons l’approche marchande de l’éducation, cessons de considérer les étudiant.e.s comme une clientèle. Cessons de former des technocrates qui nourriront ce système dysfonctionnel qui ne profite qu’à quelques-un.e.s. Valorisons plutôt une éducation critique où nous sommes amené.e.s à comprendre notre société, à la remettre en question et à la transformer collectivement ».

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